En bref
- Match aller joué en Hongrie, retour en Serbie
- RTE diffuse sans commentaires
- La guerre à Gaza domine la polémique
Le match de Ligue des nations entre Israël et l’Irlande, prévu dimanche 27 septembre 2026 à Debrecen, en Hongrie, se joue dans un cadre très inhabituel. Israël ne peut pas accueillir de rencontres internationales pour des raisons de sécurité, et le retour du 4 octobre, où l’Irlande sera officiellement à domicile, aura lieu à huis clos à Bačka Topola, en Serbie.
Deux matches délocalisés et une diffusion très inhabituelle
Le climat a débordé du terrain. La fédération irlandaise, la FAI, a renoncé à son contingent de billets pour ses supporters. De son côté, la télévision publique RTE doit diffuser la rencontre en vertu de ses contrats, mais sans commentaires.
Pour Neil O’Boyle, enseignant à l’université de Dublin et spécialiste du sport et des médias, ce choix est très rare pour un grand match international. Il y voit un compromis moral face à un dilemme inédit, entre obligations de diffusion et forte contestation d’une partie du public irlandais, mais aussi de salariés de la chaîne.
Pourquoi l’Irlande réagit plus fortement que ses voisins
L’Irlande soutient depuis longtemps la cause palestinienne. Ce positionnement s’explique en partie par sa propre histoire, marquée par la domination britannique, la partition et les déplacements de population.
Une étude publiée cette année par les politologues Liam Kneafsey et Miceal Canavan montre que le pays se distingue en Europe occidentale. Selon leur enquête, 53% des adultes irlandais disent éprouver davantage de sympathie pour les Palestiniens, contre 11% pour Israël. Dublin a aussi reconnu un État palestinien en 2024, avec l’Espagne et la Norvège.
Joueurs, fédérations et responsables s’affrontent publiquement
La pression monte depuis plusieurs jours. Plus de 160 sportifs irlandais ont appelé l’équipe nationale à boycotter ces matches, tandis que des manifestations ont visé la FAI et les joueurs.
Jeudi 24 septembre, Jason Knight a estimé que le match « ne devrait pas avoir lieu ». Avant lui, le sélectionneur Heimir Hallgrimsson avait reconnu le malaise de son groupe et lancé « Nous ne jouons pas avec le génocide. Nous jouons contre le génocide ». La fédération israélienne a répliqué en dénonçant la stupidité, l’ignorance et l’hypocrisie du technicien. Le Premier ministre irlandais Micheal Martin, lui, l’a soutenu.
La FAI avait déjà demandé l’an dernier à l’UEFA de suspendre Israël, sans succès. Elle affirme qu’un refus de jouer exposerait l’Irlande à des sanctions sportives et financières.
Un geste sur le terrain a encore alourdi le climat
Comme si cela ne suffisait pas, un épisode survenu jeudi a ajouté de la tension. Après son but contre l’Autriche, l’Israélien Saïd Abu Farkhi a décroché un poteau de corner, posé un genou au sol et mimé un geste jugé équivoque, pouvant évoquer un tir. L’arbitre bulgare Georgi Kabakov lui a infligé un deuxième carton jaune, puis un rouge.
Le joueur a assuré qu’il imitait un coup de billard, comme à son habitude. Reste le contexte. La guerre a commencé après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 contre Israël, qui a fait 1 221 morts selon les autorités israéliennes. L’offensive israélienne à Gaza a fait près de 74 000 morts d’après le ministère de la Santé local, des chiffres jugés fiables par l’ONU. Un cessez-le-feu fragile est en vigueur depuis octobre 2025.