En bref
- Les pratiques anti-âge des ultra-riches restent peu prouvées
- Le vrai frein, c’est le manque d’essais cliniques
- Quelques financements pourraient profiter à tous
Avoir des milliards ne suffit pas à acheter quelques décennies de plus. C’est le point qui ressort de la fascination actuelle pour la longévité chez certains ultra-riches, entre routines spectaculaires et promesses encore très fragiles.
Beaucoup d’argent, très peu de preuves
Chez Sam Altman, cela passe par lumière LED, jeûne quotidien de 15 heures et prise de metformine, un médicament contre le diabète dont l’effet anti-âge n’a toujours pas été démontré chez des adultes en bonne santé. Peter Thiel, lui, a dit s’intéresser à la parabiose, cette recherche controversée autour du sang jeune utilisé pour rajeunir des animaux plus âgés. Bryan Johnson pousse la logique plus loin avec son protocole Blueprint, mélange de régime extrême, exercice millimétré, sommeil surveillé, dizaines de compléments et même thérapie génique.
La liste continue avec LeBron James, qui dépenserait environ 1,1 million d’euros par an pour sa santé, notamment en cryothérapie à -160 °C et dans un caisson hyperbare à domicile. Les Kardashian ont eu recours à des IRM corps entier non recommandées par les autorités médicales. Dmitry Itskov a lancé l’initiative 2045 pour, à terme, transférer des cerveaux humains dans des ordinateurs. Li Ka-shing, enfin, mise sur le nicotinamide riboside et a investi environ 19 millions d’euros dans une entreprise qui en produit.
Mais derrière le spectacle, rien n’indique que ces méthodes prolongent vraiment la vie humaine.
Le vrai risque, c’est de bricoler le corps
Les personnes les plus riches vivent bien plus longtemps que les plus pauvres, de 10 à 15 ans de plus aux États-Unis pour les 1 % les plus aisés face aux 1 % les plus pauvres. Sauf que cet écart tient surtout à des facteurs bien connus, tabac, alimentation, activité physique, stress, accès aux soins. Pas à une chambre froide ou à une pile de gélules.
Et certaines pratiques peuvent faire pire que mieux. En 2019, la FDA a rappelé les risques liés aux transfusions sanguines, entre infections et réactions allergiques graves. Les restrictions alimentaires extrêmes peuvent fragiliser les os et affaiblir l’immunité avec l’âge. Quant aux combinaisons de compléments, elles sont régulièrement associées à des ingrédients contaminés, à des atteintes du foie et à des effets secondaires dangereux. Additionner les interventions complique encore tout, car les interactions peuvent aggraver le résultat.
S’ils y croyaient vraiment, ils investiraient davantage
C’est là que le contraste devient net. On voit quelques figures très médiatisées, mais peu de milliardaires se comportent comme si l’immortalité était proche. Elon Musk a même expliqué en 2024 à Cannes qu’il n’avait aucun investissement dans la longévité et qu’une vie trop longue risquait de figer la société.
Le cas le plus visible reste Altos Labs, startup financée au départ à hauteur d’environ 2,2 milliards d’euros, avec une participation attribuée notamment à Jeff Bezos. L’entreprise a recruté le prix Nobel Shinya Yamanaka. Sauf que, rapporté à la fortune estimée de Bezos, autour de 200 milliards d’euros, cela reste faible, à peu près 1 % même s’il avait financé seul, ce qui n’est pas le cas.
Le verrou n’est pas le prix des pilules, mais celui des essais
Le vrai sujet est ici. La recherche sur le vieillissement reçoit aux États-Unis environ vingt fois moins de financements publics que celle sur le cancer, alors même que l’âge joue un rôle majeur dans la plupart des cancers. Et la recherche clinique en longévité pèse encore très peu dans l’ensemble de la biotech.
Or le coût n’a rien d’insurmontable à l’échelle des grandes fortunes. Un essai sur la metformine demanderait environ 33 à 52 millions d’euros. Avec environ 740 millions d’euros, il serait possible de lancer 10 à 20 essais sur des pistes comme la rapamycine, l’acarbose, la canagliflozine ou les médicaments sénolytiques. Bon, le paradoxe est là, des traitements potentiellement utiles pour tout le monde restent en attente, non parce qu’ils coûteraient trop cher, mais parce que personne ne paie vraiment pour savoir s’ils marchent.