En bref
- Des taxes ciblent milliardaires et très gros héritages
- Santé et éducation sont les principaux financements visés
- En France, l’Assemblée nationale a rejeté plusieurs pistes
Financer l’école ou l’hôpital en taxant davantage les très grandes fortunes, l’idée prend de la place dans le débat public. Derrière le mot d’ordre, on trouve pourtant des mécanismes très différents, entre impôt exceptionnel, taxation du patrimoine et réforme des successions.
Même logique, deux terrains de bataille
En Californie, l’économiste Gabriel Zucman défend une taxe exceptionnelle sur le patrimoine des milliardaires, étalée sur cinq ans et soumise au vote lors des midterms ce mardi. Le dispositif prévoit un prélèvement unique de 5 % visant environ 250 milliardaires installés dans l’État.
Les recettes attendues sont évaluées à près de 100 milliards de dollars, soit environ 92 milliards d’euros. L’argent irait d’abord vers le système de santé, puis vers l’éducation. Si la mesure passait, ce serait une première, car elle viserait à la fois le patrimoine personnel et professionnel des milliardaires.
En France, l’école concentre l’essentiel du débat
Côté français, la pression s’est accrue après un mois et demi de contestation sociale réclamant davantage de moyens pour l’éducation. Début octobre, les économistes Élise Huillery et Romane Paris ont présenté, via le Public Finance Lab, un plan d’urgence chiffré à 11,8 milliards d’euros.
Leur feuille de route est large. Réduire la taille des classes, mieux former les enseignants, revaloriser les salaires, rénover les bâtiments, mettre en place du tutorat pour les élèves défavorisés. Et, dans le supérieur, augmenter les bourses et créer 120.000 places, dont 70.000 dans les filières courtes en tension, les IUT et les STS.
Pour financer cet ensemble, elles proposent une taxe sur les héritages supérieurs à 4 millions d’euros. Rendement estimé, 12,7 milliards d’euros. Romane Paris explique que les très gros patrimoines sont aujourd’hui mal captés par les droits de succession et défend l’idée de financer l’école grâce à une réforme de cet impôt.
Piketty, Oxfam et l’Assemblée, le blocage politique
Le débat ne s’arrête pas là. En 2026, Thomas Piketty a proposé un impôt de solidarité nationale exceptionnel sur les milliardaires et les centimillionnaires, qu’il imagine validé par référendum. Selon lui, l’ensemble pourrait rapporter 800 milliards d’euros, avec d’un côté une ponction de 50 % sur les enrichissements supérieurs à 100 millions d’euros entre 2017 et 2027, de l’autre une taxe permanente de 5 % au-delà de 100 millions et de 10 % au-delà de 1 milliard.
Il s’appuie sur un précédent, l’impôt de solidarité nationale appliqué en 1945 par le gouvernement provisoire du général de Gaulle. Dans le même temps, l’Observatoire des inégalités rappelle que les 500 premières fortunes professionnelles en France atteignent 1.128 milliards d’euros en 2025, contre 170 milliards vingt ans plus tôt, d’après le classement de Challenges.
Mais à l’Assemblée nationale, ces pistes se heurtent pour l’instant à un mur. Mi-octobre, la taxe Zucman à 2 %, portée par des députés de gauche pour environ 1.800 foyers fiscaux, a été rejetée, tout comme des amendements sur un impôt minimum pour les patrimoines au-delà de 100 millions d’euros et plusieurs propositions de retour de l’ISF. Pour Oxfam, qui a publié 19 mesures, le vrai nœud reste la volonté politique. Et les discussions budgétaires, elles, doivent avancer vite avant le passage du texte au Sénat.