- Perdre l’odorat peut signaler un déclin cognitif
- L’entraînement olfactif montre des effets mesurables
- La méthode peut se faire chez soi
L’odorat n’est pas qu’un sens discret. Sa baisse est même considérée comme un signe précoce possible de déclin cognitif, en lien avec des maladies neurodégénératives comme Alzheimer, mais aussi avec le vieillissement plus ordinaire.
C’est ce qui rend la piste de l’entraînement olfactif intéressante. L’idée est simple, presque banale : si l’odorat est lié à la mémoire, le stimuler régulièrement pourrait aussi aider certaines fonctions du cerveau.
Quand l’odorat dit quelque chose du cerveau
Les neuroscientifiques le savent depuis des décennies, le système olfactif a des connexions directes avec des régions cérébrales impliquées dans la mémoire et les émotions, notamment l’hippocampe et l’amygdale. Quand une odeur est perçue, des récepteurs dans le nez se lient aux molécules odorantes, puis des neurones sensoriels envoient des signaux électriques vers le cerveau. Tout cela se joue en quelques millisecondes.
Le professeur Thomas Hummel, de l’Université technique de Dresde, rappelle que ces connexions sont très directes entre le système olfactif et les zones liées à la mémoire et aux émotions.
Des études encore modestes, mais une piste réelle
Depuis quelques années, plusieurs publications, souvent de petite taille, ont observé des effets mesurables de cet entraînement sur la cognition et même sur la structure du cerveau. Une revue publiée en 2023, qui regroupait 18 articles, conclut que cette pratique peut améliorer certaines fonctions, comme la fluence verbale ou l’apprentissage verbal.
Les travaux cités évoquent aussi une hausse du volume de certaines zones, dont l’hippocampe et le bulbe olfactif, ainsi qu’une meilleure connectivité entre régions cérébrales. Fait notable, ces effets ne concerneraient pas seulement les personnes déjà touchées par un déclin cognitif, mais aussi la population générale.
Thomas Hummel reste prudent. « Ce n’est pas une solution miracle », dit-il en substance, tout en ajoutant que l’amélioration de la fonction olfactive peut être bénéfique pour certaines fonctions cognitives et que l’approche n’a pas d’effets secondaires connus. Il insiste aussi sur un point : il faut encore des études plus vastes.
Une méthode simple à tester chez soi
Le protocole de base tient en peu de choses. Il s’agit de choisir environ quatre odeurs familières, mais bien différentes les unes des autres. Des senteurs marquées comme le café, le citron, l’eucalyptus ou le girofle ont déjà été utilisées dans la recherche.
Ensuite, il faut les sentir pendant cinq minutes, deux fois par jour, au moins 20 secondes chacune, en y prêtant une attention active. Qu’est-ce que l’odeur devrait évoquer, quelles notes ressortent, paraît-elle plus forte ou plus faible que prévu ? Et tous les deux mois, on change d’odeurs.
Autour de cette idée, des acteurs commencent déjà à se positionner. La start-up Osmo, qui développe un moteur numérique d’odeurs alimenté par l’IA, a levé environ 61 millions d’euros (70m$). De leur côté, des chercheurs de l’UCL travaillent sur I-Smell, une plateforme numérique dédiée à cet entraînement.
Ce qui se joue ici dépasse le simple confort sensoriel. Si cette piste se confirme, on parle d’un geste très accessible, à mi-chemin entre hygiène de vie et prévention, avec un impact possible sur la façon dont on accompagne le vieillissement cérébral.