En bref
- Des souris âgées ont vécu 92 jours de plus
- Plusieurs marqueurs cellulaires se sont améliorés
- L’effet ne tiendrait pas qu’à la perte de poids
Chez des souris déjà âgées, le sémaglutide a prolongé la vie de 92 jours. Rapporté à leur durée de vie médiane habituelle, fixée à 742 jours, cela représente une hausse d’environ 12 %. L’étude, publiée dans Nature, porte sur des souris femelles de 20 mois traitées jusqu’à la fin de leur vie.
L’intérêt du résultat ne tient pas seulement à la longévité. Il relance une question plus large, celle du vieillissement biologique, autrement dit l’usure progressive des cellules et des tissus. Grace McComsey, qui a cosigné une autre analyse sur les médicaments GLP-1 chez des adultes vivant avec le VIH, rappelle qu’il ne faut pas le confondre avec l’âge chronologique. On peut avoir 60 ans sur le papier et présenter un profil biologique plus jeune, ou l’inverse.
Un gain de vie qui dépasse la seule perte de poids
C’est le point le plus discuté. Le sémaglutide réduit l’appétit, donc une explication simple serait de dire que les souris ont surtout vécu plus longtemps parce qu’elles ont moins mangé.
Mais l’équipe a cherché à tester cette hypothèse. Dans une seconde expérience de cinq mois, un autre groupe de souris a vu son apport calorique limité de 24 %, exactement comme la baisse spontanée observée avec le médicament.
Ce que les chercheurs appellent un vieillissement plus sain
Les souris traitées n’ont pas seulement vécu plus longtemps. Elles présentaient aussi des signes de vieillissement plus favorable au niveau cellulaire, avec moins d’inflammation, moins de cellules sénescentes, des mitochondries fonctionnant mieux, et davantage de nouvelles cellules dans des régions du cerveau associées à l’apprentissage et à la mémoire.
Pris ensemble, ces indices dessinent un tableau assez net. Pas une preuve définitive chez l’humain, bien sûr, mais un signal sérieux sur la manière dont ces traitements pourraient agir au-delà du poids.
Pourquoi les cellules sénescentes comptent autant
Pour Richard Faragher, spécialiste de gérontologie biologique à l’Université de Brighton, la baisse des cellules sénescentes observée dans l’étude mérite une attention particulière. Il explique qu’elles alimentent délibérément l’inflammation pour attirer le système immunitaire, censé ensuite les éliminer.
Le problème, c’est que ce système immunitaire vieillit lui aussi. Résultat, les dommages s’accumulent. Dans la peau, cela favorise les rides. Dans les vaisseaux sanguins, les maladies cardiovasculaires. Et dans le cerveau, les troubles cognitifs.
Une seconde expérience qui renforce l’hypothèse
Dans le test comparatif, les deux groupes ont perdu une quantité similaire de poids et de masse grasse. Même constat sur le tapis roulant, avec des performances comparables.
En revanche, les souris sous sémaglutide ont fait mieux sur la mémoire spatiale, le contrôle du glucose et les comportements d’exploration. Pour Richard Faragher, cela renforce l’idée que les agonistes du récepteur GLP-1 pourraient influencer l’espérance de vie par des mécanismes qui ne dépendent pas seulement de la masse corporelle. Et c’est là que le sujet devient important, parce qu’il déplace peu à peu le débat du simple amaigrissement vers celui du vieillissement lui-même.