Santé numérique, ce plan veut enfin éviter le tout-jetable

Un projet européen trace une première méthode concrète pour réemployer et recycler les dispositifs médicaux numériques, sans rogner sur la sécurité.

Technicien vérifiant un dispositif médical
Image d'illustration. L’UE veut réduire le jetable médical. — ADN

En bref

  • Des appareils médicaux finissent encore souvent incinérés
  • Le projet DiCE propose un modèle circulaire complet
  • Le design compte plus que le recyclage final

Des millions d’appareils de santé numérique arrivent sur le marché, mais leur sortie de scène reste très classique. Après usage, beaucoup sont traités comme des déchets sanitaires et partent à l’incinération, alors même qu’ils contiennent des batteries, du cuivre, de l’or, du lithium ou des terres rares parfois encore récupérables.

Des appareils médicaux plus nombreux, et trop vite jetés

Le sujet dépasse largement quelques gadgets connectés. Selon les travaux cités par le projet, environ 83 millions de dispositifs médicaux portables ont été mis sur le marché européen en 2020. Et si la trajectoire actuelle se poursuit, le volume mondial pourrait grimper à 2 milliards d’unités par an d’ici 2050.

Du côté des déchets électroniques au sens large, l’ONU estime qu’ils dépassent 62 millions de tonnes par an dans le monde, avec 82 millions attendus en 2030. Pour le matériel médical, il n’existe pas encore de chiffrage global complet, mais la tendance est jugée clairement à la hausse.

Un projet européen dessine une méthode complète

C’est dans ce contexte que le projet DiCE, financé par le programme Horizon Europe de l’Union européenne, a travaillé pendant quatre ans avec le Foro RAEE. Le rapport final présente ce qui est décrit comme le premier modèle pratique pour faire basculer la santé numérique vers une économie circulaire.

L’idée n’est pas de ne regarder que la poubelle de fin de vie. Les chercheurs ont passé en revue la conception, la fabrication, la collecte, la remise en état, la réutilisation et le recyclage. Ils ont aussi testé des modèles économiques, la logistique de retour, le comportement des utilisateurs et des pistes réglementaires dans plusieurs pays européens.

Pour Pascal Leroy, directeur général du Foro RAEE à Bruxelles, en Belgique, la numérisation des soins améliore la prise en charge, mais elle crée aussi un flux de déchets électroniques trop peu visible alors que les matières premières deviennent de plus en plus stratégiques.

Le design pèse plus lourd que le simple recyclage

Le rapport insiste sur un point assez net, prolonger la vie d’un produit apporte un bénéfice environnemental bien supérieur à un recyclage traité trop tard. La Commission européenne rappelle d’ailleurs que 80% de l’impact environnemental d’un produit se joue dès sa phase de conception.

Les recommandations vont dans ce sens. Réparer, reconditionner et remanufacturer doivent être prévus dès le départ. Le texte pousse aussi les passeports numériques de produit, des listes détaillées de matériaux, des réseaux de collecte via les pharmacies et une meilleure cohérence entre règles médicales et normes de conception durable.

Avec des médecins, des ingénieurs et des usagers, DiCE a aussi produit une guide de conception circulaire en cinq étapes. Selon Tamara Hoveling, de l’Université technique de Delft, aux Pays-Bas, l’enjeu était de garder la performance clinique et la sécurité du patient tout en allongeant la durée de vie des appareils.

Les cas concrets montrent où se jouent les gains

Les analyses de cycle de vie montrent que les cartes électroniques, les écrans et les batteries pèsent le plus lourd dans l’empreinte des appareils. Mais le résultat le plus intéressant est ailleurs, repenser le système de soins apporte souvent plus que retoucher l’objet seul.

Les ensembles d’électrodes d’ECG réutilisables ont ainsi réduit l’impact environnemental de 81% à 94% face aux versions jetables, même si le nettoyage et la stérilisation deviennent ensuite le principal point de vigilance. Les étiquettes électroniques pour médicaments ont abaissé l’impact climatique lié à la fabrication d’environ 27%. Les agrafeuses chirurgicales électroniques motorisées ont réduit l’impact climatique global de la chirurgie d’environ 12%. Quant aux piluliers intelligents, ils ne représentent qu’une petite part de l’impact total du parcours de soin.

Ce que montre ce plan, en gros, c’est que la durabilité des soins ne se jouera pas seulement dans les matériaux, mais dans l’organisation même de la médecine numérique.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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