En bref
- 56% seulement se savent malades
- Le stigmate freine diagnostic et traitement
- Les soignants réclament une approche collective
En Espagne, l’obésité touche une large partie de la population, mais sa reconnaissance reste incomplète. C’est tout le nœud du problème. Quand une maladie n’est pas clairement identifiée, elle se diagnostique plus tard, se suit moins bien et finit souvent reléguée derrière la seule idée de poids.
Un problème massif, mais encore mal identifié
Une enquête menée par IPSOS pour Lilly, auprès de 200 médecins de soins primaires et de 1.700 patients ayant un indice de masse corporelle d’au moins 30, avance un chiffre marquant : seuls 56% des personnes interrogées disent avoir conscience de souffrir d’obésité.
Le contraste est net. Dans le même temps, 76% estiment que l’excès de poids a un effet sur la santé, et 60% considèrent que l’obésité est bien une maladie. Pour Teresa Millán, de Lilly Espagne et Portugal, cette pathologie constitue l’un des grands défis sanitaires du siècle. Elle rappelle aussi que 50% de la population espagnole est en surpoids, et que 20% vit avec une obésité.
Une maladie chronique, loin d’une simple question de volonté
L’enquête dessine une perception moins simpliste qu’on pourrait le croire. Un tiers des patients, 33%, pointe d’abord des facteurs biologiques. Et 26% jugent que l’organisme lui-même peut freiner les efforts de perte de poids.
Autre donnée importante, 38% voient l’obésité comme une maladie chronique difficile à contrôler par les seuls changements d’habitudes de vie. Teresa Millán insiste sur son caractère complexe, multifactoriel et chronique, avec plus de 200 complications associées à prévenir et traiter.
Le poids du stigmate dans le soin
Ce qui ressort aussi, c’est la place du stigmate. José Abellán, cardiologue, décrit un impact très large, du cœur au pancréas, avec un risque accru de résistance à l’insuline, de diabète, d’infarctus ou d’AVC. Il souligne que la maladie avance souvent sans symptômes évidents, ce qui masque la montée des complications.
Mais il n’y a pas que le corps. Alicia González explique que les troubles psychiques et l’obésité s’alimentent mutuellement, et que la culpabilité peut bloquer toute démarche de soin.
Vers une prise en charge plus large
Du côté des professionnels, le regard n’est pas toujours aligné. Selon les médecins de premier recours interrogés, 48% pensent que les patients ne suivront pas les recommandations d’hygiène de vie. Pour Esther Gómez, cela oblige à revoir la façon de transmettre l’information, d’autant que deux patients sur trois se jugent eux-mêmes responsables.
Même ligne chez Aitor Sánchez, qui appelle à adapter alimentation, activité physique et message au contexte de chaque personne. Federico Luis, de l’Association nationale des personnes vivant avec l’obésité, évoque aussi un manque de reconnaissance de la maladie, y compris chez certains soignants.
Le point le plus frappant, peut-être, est ailleurs : un seul patient sur neuf a son IMC intégré à son dossier médical. Et alors que 86% des soignants rapprochent l’obésité des autres maladies chroniques, sa prise en charge reste souvent secondaire. C’est là que le débat change de dimension : moins une question d’image, plus une question d’organisation du soin.