En bref
- L’école est jugée centrale pour agir tôt
- La moitié des enfants harcelés ne parlent pas
- Les écrans pèsent aussi sur la santé mentale
La santé mentale des jeunes, ici, ne se résume pas à ce qui se passe chez un médecin. Pour Celso Arango, psychiatre et académicien de la Real Academia Nacional de Medicina de España, c’est à l’école que beaucoup de choses se jouent, en amont, avant que les difficultés ne s’installent vraiment.
Il insiste sur un point simple: intervenir tôt en santé mentale change le pronostic, comme dans d’autres maladies. Et pour y arriver, la coopération entre le système éducatif et le système de santé est jugée indispensable.
L’école, premier point d’entrée
Dans son analyse, l’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage. C’est aussi un espace capable de prévenir, de repérer plus vite les signaux faibles, d’aider les enseignants et les familles, puis de relier rapidement l’élève concerné aux professionnels de santé.
Celso Arango estime que la prise en charge ne peut pas commencer seulement quand un adolescent arrive en consultation. Le prochain cap, selon lui, consiste à renforcer la collaboration entre secteurs, à muscler les équipes pluridisciplinaires et à utiliser de nouveaux outils de repérage et de prévention primaire.
Le harcèlement reste largement invisible
Le chiffre qui frappe, quand même, est celui-ci: la moitié des enfants victimes de harcèlement scolaire n’en parlent ni à leurs parents, ni à leurs amis, ni à leurs camarades, ni à leurs professeurs.
Un travail mené dans la Communauté de Madrid auprès de 1.608 élèves ayant des besoins éducatifs spéciaux liés à des troubles du neurodéveloppement montre aussi un risque de harcèlement scolaire presque six fois plus élevé que chez les autres élèves. Ce risque augmente encore en cas de difficultés de langage ou de communication sociale. Et, pour certains diagnostics comme les troubles du spectre de l’autisme, il peut grimper jusqu’à près de neuf fois plus.
Un programme testé, avec des résultats en primaire
Il y a tout de même une piste concrète. Le programme LINKlusive, déployé dans 20 établissements et évalué auprès de milliers d’élèves, a produit des résultats jugés positifs en école primaire.
Chez les élèves de primaire avec besoins éducatifs spécifiques, la victimisation a baissé de 45,6 % dans le groupe ayant reçu l’intervention, contre 0 % dans le groupe témoin. Celso Arango précise que ces interventions peuvent être faisables, relativement brèves et gratuites. Mais il ajoute aussi que leurs effets varient selon l’âge, donc prudence sur l’interprétation.
Écrans et pornographie, autre front de vigilance
L’autre volet de son alerte concerne les usages numériques. D’après l’étude ESTUDES 2025, les adolescents de 14 à 18 ans passent en moyenne 5,1 heures par jour sur internet en semaine, et 6,7 heures le week-end.
Pour Celso Arango, le scroll prolongé, surtout sur TikTok et Instagram, agit sur des cerveaux encore en développement. Il évoque un effet sur le système de récompense, avec des pics répétés de dopamine, susceptibles d’alimenter une faible tolérance à l’ennui, une attention plus fragile, mais aussi une comparaison sociale permanente, de l’anxiété, de la dépression et le FOMO, cette peur de rater quelque chose.
Autre donnée relevée: 57,8 % des adolescents disent avoir déjà vu de la pornographie, avec un écart marqué entre garçons, 80,1 %, et filles, 35,4 %. Parmi ceux qui en avaient consommé durant les 30 derniers jours, des niveaux plus élevés de consommation d’alcool, de cannabis et de tabac ont aussi été observés, sans que cela suffise, précise-t-il, à prouver un lien de causalité.