En bref
- 837 patients étudiés dans le cancer colorectal
- Plus de vaisseaux, meilleure survie observée
- Certains sous-types annoncent un pronostic moins favorable
Dans le cancer colorectal, la forme et la densité des vaisseaux qui traversent une tumeur pourraient en dire plus qu’on ne le pensait sur l’évolution de la maladie. C’est le résultat d’un travail mené aux États-Unis par des équipes de Mass General Brigham, du Broad Institute du MIT et de Harvard et de l’école de santé publique TH Chan de Harvard.
Un signal de survie dans la structure des tumeurs
L’étude observe un point assez net : les patients dont la tumeur présentait une densité vasculaire plus élevée avaient une meilleure survie spécifique au cancer colorectal. Même chose pour une proportion plus importante de microvaisseaux, elle était associée à de meilleurs résultats.
Shuji Ogino, auteur principal et responsable du programme d’épidémiologie pathologique moléculaire au département de pathologie du Massachusetts General Hospital Brigham, rappelle que de nombreux vaisseaux pénètrent profondément dans les tumeurs et que leur rôle biologique reste encore peu exploré.
Une analyse à grande échelle, appuyée par l’IA
Les résultats, publiés dans JAMA Network Open, reposent sur un suivi prospectif de 837 patients atteints de cancer colorectal. Les échantillons provenaient du Nurses’ Health Study, qui existe depuis 50 ans, et du Health Professionals Follow-Up Study.
L’équipe a utilisé l’approche PCIBM, un biobankage prospectif de tumeurs incidentes, avec un test d’immunofluorescence multiespectrale conçu sur mesure. L’objectif, visualiser et quantifier plusieurs biomarqueurs sur une seule coupe de tissu.
Résultat, plus de 61 000 vaisseaux sanguins tumoraux ont été classés selon leurs caractéristiques moléculaires et structurelles. L’IA, via l’apprentissage automatique, a permis d’analyser ces données plus vite et plus efficacement que les méthodes classiques.
Tous les vaisseaux ne racontent pas la même histoire
L’étude ne dit pas que tous les vaisseaux sont favorables. Certains sous-types liés à l’angiogenèse, autrement dit la formation de nouveaux vaisseaux sanguins, étaient associés à un pronostic plus défavorable.
Les chercheurs ont aussi repéré un contraste assez clair. Les vaisseaux plus petits et plus arrondis étaient corrélés à de meilleurs résultats. Les vaisseaux plus grands, avec des anomalies, allaient plutôt avec une évolution moins favorable.
Vers de nouveaux biomarqueurs, avec prudence
Pour Shuji Ogino, certains sous-types vasculaires pourraient devenir des cibles thérapeutiques. Il estime même que, dans ce contexte, une combinaison entre immunothérapie et traitement dirigé contre les vaisseaux sanguins pourrait être plus efficace que l’immunothérapie seule.
Le même groupe avait déjà montré récemment que certaines caractéristiques vasculaires distinguent les cancers colorectaux diagnostiqués avant 50 ans. Les prochaines recherches doivent maintenant vérifier ces résultats et explorer leur lien avec des facteurs de risque connus, ou nouveaux.
Le message, pour l’instant, tient en une idée simple. Ces caractéristiques pourraient servir de biomarqueurs pronostiques. Et ça, pour la stratification du risque comme pour la médecine de précision, peut peser assez lourd dans les années qui viennent.