En bref
- Un jeu mesure la perception chez des ados autistes
- Il fonctionne aussi sans consignes verbales
- Des usages en essais cliniques sont envisagés
Ce qui change ici, ce n’est pas seulement le support. C’est la façon de faire parler les données. Des chercheurs de l’Université de Boston, aux États-Unis, ont conçu un jeu vidéo capable de mesurer comment des adolescents autistes comprennent et interprètent l’information, y compris chez ceux qui communiquent peu ou pas verbalement. Les résultats ont été publiés dans Science Advances.
Mieux observer, sans passer seulement par l’entourage
Dans la recherche sur l’autisme, beaucoup d’évaluations reposent encore sur les observations des proches, surtout quand la personne a d’importantes difficultés de communication. L’intérêt de ce nouvel outil est là : recueillir des informations directement auprès des participants eux-mêmes, à travers leur manière de jouer, d’apprendre et de décider.
Selon l’association Autism Speaks, environ un enfant sur 31 est concerné aux États-Unis. Les symptômes peuvent toucher la communication, les interactions sociales, mais aussi s’accompagner de comportements restreints ou répétitifs. Pour Benjamin Scott, qui a dirigé ces travaux, le jeu permet à ces enfants de montrer comment ils perçoivent le monde, dans leur propre langage comportemental.
L’autre avancée, plus concrète qu’il n’y paraît, touche à l’inclusion. Helen Tager-Flusberg, coautrice de l’étude, souligne que des enfants souvent exclus des protocoles classiques peuvent cette fois participer à la recherche.
Un jeu simple en apparence, très précis dans ce qu’il mesure
Le jeu, baptisé Geode, prend la forme d’une chasse aux gemmes. Le joueur choisit un personnage, suit une carte au trésor et tente de récupérer un maximum de pierres. Sur les bords de l’écran, de brefs éclairs apparaissent. Quand un côté brille davantage, il signale la présence probable de gemmes.
En suivant la façon dont les joueurs réagissent à ces signaux, les chercheurs mesurent très finement la prise de décision, l’apprentissage et la perception sensorielle. Les éclairs varient par leur nombre, leur durée et leur moment d’apparition. Et il n’y a pas de consignes au départ. Les participants apprennent en jouant, ce qui met davantage sur un pied d’égalité des profils très différents.
Le programme a été développé par Quan Do, avec l’aide d’un designer externe pour la partie visuelle.
Ce que l’essai clinique a montré, et ce que le jeu pourrait devenir
Plus de 300 adolescents de 11 à 17 ans ont participé à l’étude. Un peu plus de 200 avaient un diagnostic d’autisme, sur tout le spectre, et les autres étaient leurs frères ou sœurs neurotypiques. La plupart ont compris rapidement les règles, y compris des participants avec un autisme profond.
Mais les différences sont apparues à mesure que la difficulté montait. En moyenne, les adolescents autistes apprenaient plus lentement et étaient moins précis. Les chercheurs y voient une difficulté d’intégration perceptive, c’est-à-dire la capacité à accumuler dans le temps plusieurs informations sensorielles pour former une perception cohérente.
Le jeu n’est pas présenté comme un outil de diagnostic. En revanche, Benjamin Scott estime qu’il pourrait servir d’indicateur dans des essais cliniques, avant et après un traitement ou une thérapie. À plus moyen terme, l’équipe y voit aussi un pont utile entre études animales et humaines, puisque des tâches très proches pourraient être comparées des deux côtés.