Santé cardiaque : 10 heures de sport par semaine, utile mais pas obligatoire

Une étude relance le débat sur la dose idéale d’exercice pour le cœur. Le seuil conseillé reste valable, mais bouger davantage semble offrir un gain net.

Gros plan sur des chaussures de sport athlétiques frappant le trottoir lors d'une promenade rapide dans un parc ensoleillé.
Image d'illustration. Gros plan de chaussures de sport frappant le trottoir — ADN

En bref

  • 150 minutes restent le minimum recommandé
  • Davantage d’exercice améliore encore la protection cardiovasculaire
  • La régularité compte plus qu’un objectif extrême

On connaissait le seuil de 150 minutes par semaine. Une nouvelle étude dit surtout autre chose, plus nuancée : pour le cœur, ce minimum aide déjà, mais davantage d’activité semble associé à une protection encore plus forte.

Ce que montre vraiment l’étude

Publiée dans le British Journal of Sports Medicine, l’analyse s’appuie sur près de 17 000 participants de la cohorte UK Biobank. Pendant une semaine, leur activité a été suivie par des appareils, puis les chercheurs ont regardé, sur huit ans, la survenue d’événements cardiovasculaires à partir de dossiers hospitaliers.

Les résultats dessinent trois paliers. Avec les 150 minutes hebdomadaires recommandées aujourd’hui, le risque de problèmes comme l’infarctus, l’AVC ou la fibrillation atriale baisse de 8 à 9 %. Entre 340 et 370 minutes par semaine, la réduction atteint 20 %. Et autour de 560 à 610 minutes, soit à peu près 10 heures, elle grimpe à 30 %.

Autrement dit, les recommandations actuelles apparaissent comme un minimum utile, pas comme la dose optimale pour tout le monde.

Pourquoi tous les efforts ne se valent pas

L’intérêt de ce travail tient aussi à un point plus technique, mais important. Les chercheurs n’ont pas seulement regardé la quantité d’activité physique, ils ont aussi intégré le niveau de forme initial grâce au VO2 max, un indicateur de la capacité du corps à utiliser l’oxygène pendant l’effort.

Ziheng Ning, de l’Université polytechnique de Macao, explique que deux personnes peuvent faire le même volume d’exercice tout en gardant des profils de risque cardiovasculaire différents selon leur condition physique. Dans l’étude, les participants avec le VO2 max le plus bas devaient ajouter environ 30 à 50 minutes d’exercice pour obtenir des bénéfices comparables à ceux des plus en forme.

Ce point change un peu la lecture. On ne parle pas seulement d’un compteur d’heures, mais aussi d’un niveau de départ.

Faut-il vraiment viser 10 heures par semaine ?

Pas forcément. D’abord parce que l’étude a des limites. Les capteurs d’activité ne sont pas toujours parfaitement précis. Une partie des données de santé, du tabac ou de l’alcool repose sur les déclarations des participants. Et la population étudiée était surtout blanche et valide, ce qui limite la généralisation.

Il y a aussi une question de causalité. Comme le rappelle S. Imran Zaidi, d’Orlando Health Heart and Vascular Institute, les personnes les plus actives étaient déjà en meilleure santé au départ. Difficile, donc, de séparer complètement ce qui relève de l’exercice et ce qui tient à l’état de santé initial.

Pour la vie réelle, le message reste assez simple. Viser 10 heures par semaine peut être intéressant, mais ce n’est pas un passage obligé. Sirisha Vadali, cardiologue en Arizona, estime que ces résultats renforcent surtout l’idée que bouger plus aide généralement. Le conseil reste le même : partir de 150 minutes d’activité modérée, ou 75 minutes d’activité intense, puis augmenter progressivement si le corps suit. À moyen terme, c’est sans doute là que se joue l’essentiel, dans l’habitude durable plus que dans la performance.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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