Restaurants en France : vers une limitation nécessaire du nombre d’établissements ?

Image d'illustration. Vue d intérieur de restaurant minimalisteADN
La question du nombre de restaurants en France suscite le débat, alors que certains professionnels évoquent la nécessité d’instaurer un numerus clausus pour limiter les ouvertures, dans un secteur confronté à la concurrence et à des défis économiques croissants.
Tl;dr
- Le nombre de restaurants explose malgré la saturation du marché.
- Chute de fréquentation et multiplication des fermetures d’établissements.
- Débat croissant sur la régulation et la qualité en restauration.
L’explosion des restaurants en France : le revers de la médaille
Il suffit d’arpenter les rues de Paris, de Bordeaux ou de Nice pour le constater : jamais la France n’a compté autant d’établissements. En l’espace de cinq ans, leur nombre est passé de 361 000 à 407 000, soit une hausse fulgurante de +12,7 %.
Aujourd’hui, on dénombre un restaurant pour seulement 170 habitants. Mais derrière cette densité record se cache une réalité plus contrastée.
Un marché saturé, une rentabilité sous pression
Les chiffres sont sans appel : si le nombre de repas hors domicile a progressé de 5,1 % entre 2019 et 2024 selon le cabinet Gira, cette dynamique reste loin derrière l’augmentation des ouvertures. Le président du cabinet, Bernard Boutboul, prévient : « La France est probablement un marché saturé, il y a trop d’offres par rapport à la demande ».
Résultat ? La rentabilité par établissement s’érode peu à peu. Selon les analyses de Food Service Vision, le chiffre d’affaires moyen baisse d’1 à 2 % en 2024 ; certains établissements affichent même des chutes de fréquentation allant jusqu’à -20 % cet été.
L’effet boule-de-neige : fermetures en série et concepts éphémères
Face à cette concurrence féroce, nombreux sont ceux qui jettent l’éponge prématurément. L’an dernier, pas moins de 7 200 restaurants ont fermé — une envolée de +44 % en un an. Souvent, ce sont ces « nouveaux concepts » improbables découverts sur Instagram — bars à thons ou restaurants aux idées farfelues — qui ne tiennent pas deux ans. En fait, un tiers des nouvelles adresses n’atteignent jamais ce cap selon Bernard Boutboul.
Quelques grandes tendances expliquent ces difficultés :
- Densité excessive : certaines rues alignent six ou sept restaurants sur cent mètres.
- Mobilité réduite : les clients se déplacent moins qu’avant le Covid.
- Pouvoir d’achat en berne : l’addition moyenne a grimpé de +25 % en trois ans.
Au centre-ville, l’uniformisation inquiète aussi les habitants : « Plus que manger des salades à 24 euros et des matchas hors de prix… il n’y a plus rien d’autre à faire que manger dans notre quartier !», regrette Lucile à Bordeaux.
L’appel à la régulation : vers une meilleure qualité ?
Cette course effrénée interroge jusqu’aux professionnels eux-mêmes. Doit-on instaurer un numerus clausus dans certaines villes ? Faut-il exiger un « permis d’entreprendre » pour ouvrir un restaurant ? Pour beaucoup – dont Franck Chaumès (Umih Restauration) – il devient urgent d’encadrer ce secteur qui reste accessible sans diplôme ni expérience. Stéphane Manigold (Maison Rostang) va plus loin : « C’est simple : si c’est fait maison, on le dit ; sinon on indique l’origine ! Il faut redonner confiance aux clients et chasser les pseudo-restaurateurs. »
La question n’est désormais plus taboue : alors que les modes culinaires s’essoufflent vite et que la défiance grandit parmi les consommateurs, beaucoup jugent qu’il y va là non seulement du tissu économique local mais aussi du patrimoine gastronomique français.