En bref
- Deux pétroliers saoudiens ont été visés jeudi
- Bab el-Mandeb pèse lourd pour le pétrole mondial
- Des retards menacent aussi d’autres marchandises
Les attaques revendiquées jeudi 23 juillet par les rebelles houthis du Yémen contre deux pétroliers saoudiens mettent sous pression un autre point clé du commerce mondial. Et cette fois, l’enjeu dépasse le seul incident maritime. Si le trafic se grippe à Bab el-Mandeb, les prix du pétrole peuvent encore monter, avec des effets sur d’autres marchandises.
Un passage étroit, mais vital entre l’Asie et l’Europe
Le détroit de Bab el-Mandeb se trouve à l’extrémité sud de la mer Rouge. Il relie cette mer au golfe d’Aden, puis à l’océan Indien. En clair, c’est un corridor majeur entre l’Europe et l’Asie.
Ce passage sépare la péninsule Arabique du continent africain, entre le Yémen, Djibouti, la Somalie et l’Érythrée. Il mesure environ 100 kilomètres de long et une trentaine de kilomètres de large entre Ras Menheli et Ras Siyyan. L’île de Perim, yéménite, le coupe en deux couloirs maritimes.
Pourquoi ce corridor compte encore plus depuis Ormuz
Si ce détroit est si sensible, c’est aussi parce que l’Arabie saoudite l’utilise davantage depuis le blocage du détroit d’Ormuz attribué à l’Iran. Les pétroliers partis d’Asie ou vers l’Asie passent par là pour rejoindre la mer Rouge, puis le canal de Suez et la Méditerranée.
Le port saoudien de Yanbu, sur la mer Rouge, a pris une place centrale. Selon John Evans, analyste chez PVM, ce port représente désormais 75% des exportations pétrolières normales de Ryad, contre 15 à 20% avant la guerre au Moyen-Orient. Ces dernières semaines, environ six millions de barils y transitaient chaque jour, soit une hausse de 50%.
Des attaques qui menacent les livraisons bien au-delà du pétrole
Le problème, c’est l’effet domino. Pour un passage d’à peine 20 kilomètres de large, Bab el-Mandeb représente 12% du commerce mondial et, avec Ormuz, 30% du transport de pétrole. Après les attaques de mardi, une dizaine de tankers auraient déjà fait demi-tour.
En cas de blocage, il n’y a pas beaucoup d’options. La principale consiste à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. John Evans explique qu’un trajet entre Yanbu et la Chine prend un peu plus de 20 jours par cette zone, contre plus de 50 jours avec un détour plus long. Résultat, des retards possibles sur les engrais, les pièces automobiles ou les composants électroniques.
Une zone déjà fragilisée par les Houthis
Le risque n’a rien de théorique. En 2024, les houthis avaient déjà attaqué des navires marchands, en disant agir en soutien aux Palestiniens et en visant des bâtiments qu’ils jugeaient liés à Israël. Le trafic en mer Rouge n’a jamais retrouvé son niveau de 2023.
Depuis janvier 2025, les grandes compagnies recommençaient pourtant à tester la route, a indiqué Bridget Diakun de Lloyd’s List Intelligence. Mais après cette nouvelle attaque, elle juge que cela va changer. Même alerte chez Rico Luman, économiste d’ING Research, qui rappelait dès mars que les houthis avaient déjà montré leur capacité à peser sur le détroit depuis la côte, avec des moyens limités.