Crise au Moyen-Orient : le détroit d’Ormuz bloqué, pétrole et gaz sous tension

Image d'illustration. Pétrolier dans le détroit d'OrmuzADN
La fermeture exceptionnelle du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport mondial de pétrole et de gaz, suscite de vives préoccupations internationales en raison des risques accrus sur l’approvisionnement énergétique dans un contexte déjà tendu au Moyen-Orient.
Tl;dr
- Blocage d’Ormuz : gel inédit du commerce maritime mondial.
- Essentiel pour pétrole, gaz et de nombreux produits industriels.
- Délai et surcoût majeurs pour les routes alternatives.
Un choc sans précédent sur le commerce maritime
Depuis le début des hostilités au Moyen-Orient, le détroit d’Ormuz vit une situation exceptionnelle : un « gel sans précédent » du transit maritime, selon l’analyse de Cyrille Poirier-Coutansais, directeur au centre d’Etudes stratégiques de la Marine.
Jusqu’ici, même lors des conflits majeurs comme la guerre Iran-Irak (1980-1988), le trafic ne s’était jamais totalement interrompu. Paul Tourret, de l’Institut supérieur d’économie maritime français, confirme : « Même pendant la guerre du Golfe, il n’y a jamais eu d’arrêt total des échanges. »
L’impact sur les routes et secteurs clés
Le détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce énergétique mondial, permet chaque année le passage d’environ un quart du pétrole mondial et près de 20 % du gaz naturel liquéfié. Pourtant, certains experts relativisent son importance stratégique sur la grande route Asie-Europe, arguant que ce passage mène surtout aux ports du Golfe — terminus pour les cargos à destination du Koweït, de l’Irak ou de l’Iran.
Néanmoins, il reste absolument vital pour les échanges régionaux. Le port de Dubaï-Jebel Ali, dixième hub mondial pour les conteneurs, assure la redistribution vers plus d’une dizaine de pays voisins. Là-bas, les grands navires déchargent leurs marchandises qui repartent sur des bateaux plus petits vers l’Inde, l’Afrique de l’Est, ou encore le Moyen-Orient.
Bateaux à l’arrêt, marchandises en suspens
Les répercussions touchent déjà une diversité impressionnante de secteurs. Les principaux armateurs — MSC, Maersk, CMA CGM, Hapag Lloyd, Cosco — ont ordonné à leurs navires de stopper leur course et se mettre à l’abri. Sur Marine Traffic, on observe des grappes entières de pétroliers et cargos immobilisés non loin du Koweït, au large de Dubaï, ou face au port iranien de Bandar Abbas.
À titre d’exemple, voici quelques produits concernés par ce blocage :
- Pétrole et gaz naturel liquéfié
- Céréales, cosmétiques, produits pharmaceutiques et automobiles européens
- Luxe italien (marbres, céramiques), aluminium moyen-oriental et agroalimentaire néerlandais/italien
Détours coûteux et retards en cascade
Face à ces blocages persistants mais aussi à la fermeture temporaire du passage par la mer Rouge (en raison des attaques houthis), les itinéraires doivent être repensés dans l’urgence. Les principaux sites d’e-commerce — qu’il s’agisse de Temu, Shein ou Amazon — préviennent déjà leurs clients : compter plusieurs jours voire une dizaine supplémentaire pour recevoir leurs commandes.
La seule alternative consiste à contourner toute l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance : dix jours supplémentaires en mer en moyenne et jusqu’à 30 % de hausse sur le coût du fret. Un bouleversement logistique dont nul secteur industriel ne sortira indemne dans les prochains mois.