En bref
- Amnesty International liste sept signaux d’alerte
- L’ONG dit en voir plusieurs en France
- Presse, manifestations, justice et surveillance sont visées
Amnesty International affirme avoir identifié sept signes qui permettent de repérer un État glissant vers des pratiques autoritaires, et l’ONG estime que plusieurs de ces marqueurs sont aujourd’hui visibles en France.
Le constat s’inscrit dans un climat tendu. L’organisation rappelle que le pays reste un État de droit et une démocratie libérale, mais elle juge que ces bases peuvent s’affaiblir peu à peu, alors qu’un mouvement social de grande ampleur secoue la France depuis septembre et que des échéances électorales approchent.
Sept signaux, et une même alerte
Le premier signal retenu concerne la presse. Pour l’ONG, un pouvoir qui se durcit commence souvent par fragiliser celles et ceux qui informent. Elle pointe en France la concentration des grands médias privés entre quelques milliardaires, l’arrivée de groupes proches du pouvoir au capital de certains titres, et l’éviction de journalistes qui ne suivent pas la ligne fixée.
L’organisation dit aussi que la pression ne s’arrête pas aux rédactions. Elle évoque des violences verbales, physiques ou psychologiques visant directement les journalistes, avec un pluralisme qui s’érode à mesure que les médias se concentrent.
Presse, rue, militants, la contestation dans le viseur
Deuxième critère, l’écrasement de la dissidence. Amnesty International cite des manifestations réprimées, les interdictions répétées de rassemblements contre la vie chère le 24 octobre 2026, ainsi qu’un acharnement judiciaire contre certains manifestants.
L’ONG insiste aussi sur les arrestations record de mineurs pendant le mouvement lycéen lancé en septembre 2026. Elle ajoute que les associations sont sous pression et que des militants peuvent être criminalisés.
La technologie et la peur comme outils de contrôle
Troisième signe, la surveillance. L’organisation mentionne l’usage de drones lors de certaines manifestations en France et le déploiement de la surveillance algorithmique. Elle cite aussi les États-Unis, où l’administration de Donald Trump a utilisé l’IA pour cibler des personnes et des étudiants étrangers.
Autre levier relevé, un climat de peur entretenu autour de menaces réelles ou supposées, comme l’insécurité, le terrorisme ou le narcotrafic. Selon l’ONG, cette mécanique sert à faire accepter des restrictions durables des libertés. Elle y rattache aussi l’usage d’armes dites mutilantes par la police en manifestation, avec des accidents très graves touchant des mineurs.
Ennemi intérieur, inégalités et pression sur les juges
Amnesty International décrit ensuite la fabrication d’un ennemi intérieur. En France, cela passerait par la multiplication des discours anti-migration, par des attaques visant les organisations féministes et LGBTI+, et par des poursuites qui entravent l’action climat.
L’ONG ajoute qu’un pouvoir autoritaire laisse filer les inégalités. Elle note que, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017, la fortune des milliardaires français a doublé, tandis qu’un Français sur six vivait dans la pauvreté en 2023 et 2024.
Dernier point, les contre-pouvoirs. L’organisation parle d’hostilité envers la justice, les ONG, les médias et les institutions internationales. Elle cite les procès de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen, après lesquels des magistrats ont reçu des menaces de mort, ainsi que le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale visant Benyamin Netanyahou, que la France n’a pas mis à exécution.