En bref
- La méthode vise à ignorer l’extrême droite en ligne
- Lula l’aurait utilisée au Brésil
- Elle circule déjà en France
Une stratégie née au Brésil circule désormais en France, avec une idée centrale, ne plus interagir avec les publications de l’extrême droite pour limiter leur visibilité sur les réseaux sociaux. Le mot d’ordre a pris de l’ampleur ces derniers jours, alors que le hashtag #BloquonsLextrêmedroite s’installe parmi les tendances sur X.
Une consigne simple, ne plus nourrir les comptes adverses
Le principe tient en peu de mots. Il s’agit d’inonder les plateformes de contenus favorables à son camp, parfois avec des vidéos, des hashtags ou des mèmes, tout en évitant de répondre aux publications adverses, même pour les contester.
Pour les promoteurs de cette méthode, commenter, repartager ou citer un message de Jordan Bardella, Marine Le Pen, Julien Odoul, Éric Zemmour ou Sarah Knafo revient surtout à alimenter l’algorithme. Le média Bon Pote défend cette lecture. Son fondateur, le journaliste Thomas Wagner, estime que ces outrances existent aussi pour capter l’attention et dominer le débat médiatique.
Au Brésil, une mécanique pensée pour la campagne de Lula
Cette logique a été associée à la campagne de Lula. Une boucle WhatsApp, baptisée « L’armée de Lula », a été créée en avril 2026 par l’avocat Andre Janones, présenté comme l’un des cerveaux de la stratégie numérique du candidat socialiste.
Le slogan portugais « Senta o dedo no block », traduit par « Bloque-les en masse », a popularisé cette tentative d’invisibilisation. Mais Andre Janones a ensuite rectifié. Dans un message publié le mercredi 28 octobre sur X, il a assuré, « ATTENTION ! Les gens déforment ce que j’ai dit ! Je N’AI JAMAIS dit que les gens devraient bloquer les comptes d’extrême droite. J’ai dit qu’ils devraient IGNORER LEURS PUBLICATIONS ! » Selon lui, bloquer peut même brouiller l’effet recherché, puisque la plateforme peut interpréter l’absence de vue comme la conséquence d’un blocage, pas d’un désintérêt.
Sa chaîne WhatsApp revendique désormais 10 millions d’abonnés. Les consignes allaient plus loin, relayer des vidéos, fabriquer des mèmes, pousser des hashtags et se rendre aux meetings. Résultat, Lula a été réélu avec 51,8 % des voix, alors que des sondages donnaient encore Flavio Bolsonaro devant quelques semaines plus tôt.
En France, le mot d’ordre gagne déjà du terrain
Sur X, l’influenceur Arkunir, suivi par un million d’abonnés, a relayé la méthode en visant des figures du Rassemblement national comme Marine Le Pen ou Jordan Bardella, ainsi que des médias associés à l’extrême droite, parmi lesquels CNews et Frontières.
Même logique chez La France insoumise. Une chaîne WhatsApp nommée L’équipe de Mélenchon, lancée dans la nuit du lundi 26 au mardi 27, rassemble près de 100 000 abonnés. Le député Antoine Léaument la présente comme un outil de mobilisation et de pression sur les algorithmes. Lors des prises de parole de Jean-Luc Mélenchon, les membres reçoivent des consignes très directes, commenter au maximum, partager les liens, activer les notifications, surtout sur Facebook.
Pourquoi cette idée séduit, et ce qu’elle ne prouve pas encore
Le média Blik avance une explication simple, les algorithmes de X ou d’Instagram ne distingueraient pas « un fan et un mec énervé ». En gros, toute interaction peut servir le même contenu, même quand elle vise à le contredire.
Reste une limite. Si cette tactique a trouvé un écho rapide en France, son effet sur un scrutin reste impossible à établir à ce stade. À six mois de la présidentielle, où le RN est donné favori par certains sondages, la méthode existe, la viralité aussi, mais son impact électoral concret n’est pas démontré.