En bref
- Deux foyers inquiètent dans le Var depuis 2022
- La biodiversité et la santé sont concernées
- Les moyens de lutte restent trop faibles
Petite, presque invisible, la fourmi électrique provoque pourtant un très gros signal d’alerte dans le Var. Repérée depuis 2022 à La Croix-Valmer et à Toulon, cette espèce invasive, nommée Wasmannia auropunctata, complique déjà la vie des habitants et des scientifiques.
Une espèce minuscule, des effets déjà très visibles
Dans le département, deux foyers concentrent l’inquiétude. À Toulon, une super-colonie a été identifiée. À La Croix-Valmer, l’infestation couvre environ quatre hectares, juste en bordure d’une zone forestière jugée fragile.
Ce n’est pas un insecte anodin. L’Inrae classe la fourmi électrique parmi les cent pires espèces invasives au monde. Originaire d’Amérique du Sud, elle a déjà montré ailleurs sa capacité à s’installer vite et à désorganiser durablement un milieu.
Le risque ne touche pas seulement la nature
Sur le terrain, les premiers dégâts écologiques sont déjà observés. Dans les secteurs touchés du Var, les populations d’arthropodes s’effondrent. Et ce déséquilibre peut remonter toute la chaîne, jusqu’aux oiseaux ou à de petits mammifères domestiques.
L’OFB Paca estime que l’arrivée de cette fourmi peut bouleverser les écosystèmes locaux. Le point sensible, c’est sa capacité à avancer presque sans bruit, puis à prendre de la place très vite.
Pour l’humain aussi, le sujet est sérieux. Les piqûres sont très douloureuses et, chez certaines personnes allergiques, elles peuvent déclencher un choc anaphylactique. L’espèce figure d’ailleurs sur la liste des espèces préoccupantes suivies par la Commission européenne.
Pourquoi l’éradication patine sur le terrain
À Toulon, environ 200 000 euros ont permis de lancer une campagne d’éradication pilotée par le chercheur Olivier Blight. À La Croix-Valmer, c’est une autre échelle, environ 10 000 euros, à peine assez pour cartographier l’invasion.
Mais l’argent ne règle pas tout. Les appâts sucrés utilisés contre d’autres fourmis fonctionnent mal sur celle-ci. L’équipe teste donc un traitement venu d’Australie, le Campaign, autorisé uniquement par dérogation stricte. Sans certitude de résultat complet, quand même.
S’ajoutent à cela des règles lourdes sur les produits chimiques et un mode de diffusion très simple, via des plantes en pot ou des déchets végétaux. En gros, l’insecte voyage facilement, la riposte beaucoup moins.
Ce qui se joue maintenant
Les chercheurs préviennent qu’en l’absence d’action rapide et coordonnée, ces deux foyers pourraient servir de point de départ à une propagation plus large en France métropolitaine.
Le problème, c’est le temps. Les budgets publics consacrés à ce type d’urgence diminuent, tandis que l’invasion, elle, peut progresser. D’où l’idée d’un appui européen pour éviter qu’un problème encore local ne devienne un dossier national.
Vos questions, nos réponses
Pourquoi parle-t-on de fourmi électrique ?
Ce nom vient de la sensation provoquée par sa piqûre, décrite comme très vive. Il ne s’agit évidemment pas d’électricité au sens propre, mais d’une douleur brutale qui distingue cette espèce d’autres fourmis plus communes.
Qu’est-ce qu’une espèce invasive ?
Une espèce invasive est un animal ou une plante introduit hors de son aire d’origine, puis capable de se répandre au point de perturber les milieux locaux. Ici, le risque tient autant à la vitesse d’installation qu’aux effets sur les espèces déjà présentes.
Pourquoi la zone de La Croix-Valmer inquiète-t-elle autant ?
Parce que le foyer se trouve au contact d’un espace forestier fragile. Si l’insecte gagne ce type de milieu, l’intervention devient plus compliquée et les conséquences écologiques peuvent toucher une surface bien plus large.
Comment cette fourmi peut-elle se déplacer d’un endroit à l’autre ?
Le transport involontaire semble être un facteur clé. Des plantes en pot, des résidus verts ou d’autres matériaux déplacés d’un site à l’autre peuvent suffire à emporter des individus et à créer un nouveau foyer ailleurs.