En bref
- Les loot boxes inquiètent les spécialistes.
- Les jeunes restent au centre des alertes.
- Le jeu en ligne change les profils suivis.
Le sujet dépasse largement le simple temps passé devant un écran. À Valence, plusieurs chercheurs et professionnels ont alerté sur un brouillage de plus en plus net entre jeu vidéo et pari, surtout chez les plus jeunes. L’idée, au fond, est simple: des mécaniques de récompense aléatoire installées dans des jeux, des applis ou des plateformes numériques poussent à recommencer, puis à dépenser.
Des mécaniques pensées pour relancer le geste
Lors de la IXe journée La ilusión de ganar. Evidencias y desafíos del juego patológico (2001-2026), organisée par Patim avec la mairie de Valence, les intervenants ont mis l’accent sur les loot boxes, les récompenses aléatoires et d’autres formes de monétisation. Pour Patim, c’est l’un des motifs majeurs d’inquiétude.
Lydia Cervera, chercheuse prédoctorale au sein de l’équipe sur le jeu et les addictions technologiques de l’Universitat de València, explique que certains jeux vidéo intègrent déjà des mécanismes psychologiques propres au jeu d’argent afin d’encourager la répétition du comportement et la dépense. Même constat chez Amparo Luján-Barrera, qui estime que ces pratiques peuvent annoncer une participation plus forte aux paris avec argent réel.
Le psychologue Mariano Chóliz, de l’Universitat de València, résume cette logique en une formule sèche: « Le jeu n’est pas un loisir, c’est un commerce ». Il refuse aussi que la responsabilité repose seulement sur les jeunes et leurs familles.
Prévenir autrement face aux écrans
Les échanges n’ont pas réduit les écrans à un danger unique. Pablo Martínez, docteur en sociologie, pointe une contradiction bien connue: être sur les réseaux peut créer de l’anxiété, mais en être absent aussi. Sa question, « où est la sortie? », résume le casse-tête.
Pour Natalia García, doctorante en psychologie à l’Université catholique de Valence, la prévention ne peut pas reposer uniquement sur l’interdiction ou la baisse du temps d’exposition. Elle rappelle que les écrans divertissent, procurent du plaisir, et que c’est justement une part de leur potentiel addictif.
Un accès aux soins encore difficile
Autre point soulevé, l’arrivée en consultation. La psychiatre Penélope Beneitez, de l’unité des conduites addictives de Manises, juge prioritaire de faire venir les jeunes concernés vers les soins. Elle signale aussi les obstacles d’accès rencontrés par de nombreuses femmes touchées.
Le profil des patients change avec le jeu en ligne
Le jeu en ligne prend plus de place dans les prises en charge et il est de plus en plus associé à des consommations de substances, surtout l’alcool et la cocaïne, selon Francisco López y Segarra, président de Patim. L’image classique de l’addiction en prend un coup.
La psychologue Miryam Iranzo, du centre de jour de Patim à Valence, décrit des personnes qui conservent emploi et vie familiale malgré une perte de contrôle croissante. Elles demandent souvent de l’aide quand les conséquences économiques ou juridiques ne peuvent plus être repoussées. Patim et la Fundació Caixa Castelló l’observent aussi dans leur étude sur vingt-cinq ans.
Julio Abad rappelle qu’il faut aussi comprendre ce que la personne trouve dans l’addiction, au-delà du comportement lui-même. Et Bruno Cortés appelle à intégrer une lecture sociale et culturelle. Dernier signal, pas anodin: l’intelligence artificielle, capable d’analyser les comportements et de personnaliser les contenus, ajoute de nouvelles questions sur les futures stratégies de captation.