En bref
- France Travail teste un ciblage automatisé des contrôles
- L’outil analyse 26 critères par dossier
- Les critiques visent biais et opacité
Plus de six millions de personnes pourraient, à terme, être profilées chaque mois par un outil de contrôle automatisé de France Travail. C’est l’une des raisons pour lesquelles le sujet prend une telle ampleur, au-delà de la seule phase de test révélée lundi 20 juillet.
L’organisme, qui a succédé à Pôle emploi en 2024, expérimente un algorithme chargé d’identifier les demandeurs d’emploi à contrôler en priorité. Le test porte aujourd’hui sur les personnes en rupture conventionnelle. Mais France Travail envisage d’étendre ce modèle à d’autres publics et d’alimenter chaque mois son outil de contrôle avec des listes ciblées.
Jusqu’à six millions de profils potentiellement passés au crible
Le point sensible est là. Avec l’inscription désormais obligatoire à France Travail pour les bénéficiaires du RSA, le nombre de personnes concernées pourrait grimper très vite. On ne parle donc pas d’un outil marginal, mais d’un système potentiellement massif.
Le document interne divulgué montre que l’objectif est d’automatiser la sélection des dossiers et même d’anticiper quels demandeurs d’emploi risqueraient de manquer à leurs obligations de recherche. Résultat, certains profils seraient remontés comme prioritaires pour un contrôle.
Un modèle qui trie les dossiers selon 26 critères
Concrètement, l’algorithme passe au crible le dossier d’un inscrit et l’évalue à partir de 26 critères. Le modèle repose sur l’analyse de dizaines de milliers de contrôles déjà réalisés, afin de construire des profils jugés plus ou moins suspects.
Parmi les variables prises en compte figurent les activités déclarées, la mise en ligne ou non du CV sur le site, la recherche d’un emploi dans un métier en tension, le niveau de formation, l’ancienneté d’inscription ou encore l’historique de manquements, comme une absence à un rendez-vous. Bref, l’outil ne se contente pas d’un seul signal.
Des critiques sur les biais, la transparence et les données
Les réserves ne sont pas nouvelles. En janvier 2026, la Cour des comptes relevait déjà que l’IA était utilisée depuis près de dix ans par France Travail pour améliorer le service rendu et l’efficacité de l’institution, tout en signalant des risques élevés sur les données personnelles, la transparence et les biais.
De son côté, La Quadrature du Net, en partenariat avec Radio France, dénonce un tri social organisé. L’association estime que ce type d’outil peut faciliter une répression administrative touchant d’abord les publics les plus fragiles.
L’IA déjà bien installée dans l’administration
Cette affaire s’inscrit dans un mouvement plus large. Un rapport de l’Inspection générale des finances, publié en avril, souligne que l’usage de l’IA générative dans la fonction publique produit déjà des gains d’efficacité.
Entre 2023 et 2025, la direction interministérielle du numérique a engagé 8,7 millions d’euros sur l’IA, les ministères 26,2 millions d’euros, et France Travail à lui seul 18,7 millions d’euros. Le débat ne porte donc plus sur l’arrivée de l’IA dans l’administration, mais sur la manière de l’utiliser.