STOP, ce numéro qui tente d’éviter aux pédophiles le passage à l’acte

Le dispositif STOP, géré par le ministère de la Santé, oriente les personnes attirées par les enfants vers des soins et alerte la justice en cas de danger.

Téléphone et dépliant STOP sur un bureau
Image d'illustration. STOP propose une aide avant le danger. — ADN

En bref

  • STOP vise la prévention avant tout passage à l’acte
  • La plateforme a reçu plus de 4 500 appels
  • En cas d’urgence, la justice est alertée

Le dispositif STOP, géré par le ministère des Solidarités et de la Santé, cherche à repérer et accompagner des personnes attirées sexuellement par les enfants avant qu’un mineur ne soit agressé. Le service repose sur un numéro national gratuit, le 0 806 23 10 63, avec 35 antennes en France.

À l’hôpital Ville-Évrard, à Neuilly-sur-Marne, l’une de ces lignes reçoit les appels. Le psychiatre Daniel Pinède résume l’objectif en une formule nette, « intervenir en amont du passage à l’acte ». Les appelants sont ensuite orientés vers des professionnels de santé chargés d’évaluer la situation et, si besoin, de proposer des soins.

Un numéro pensé pour agir avant l’infraction

Le principe est simple. Empêcher qu’un trouble pédophilique débouche sur une infraction sexuelle contre un mineur. Daniel Pinède insiste sur ce point, tous les pédophiles ne sont pas des pédocriminels, et ceux qui passent à l’acte représentent, selon lui, une très petite minorité.

Les centres d’appel citent des études internationales selon lesquelles entre 4 % et 13 % de la population présente un trouble pédophilique. La plupart de ces personnes sont dites abstinentes et ne commettront jamais d’atteinte sur un mineur. Mais ce trouble reste un facteur de risque, d’où la logique de prise en charge.

Des appels en hausse et un public très majoritairement masculin

En 2025, la plateforme a reçu plus de 4 500 appels. Parmi les personnes qui l’ont contactée, 90 % étaient des hommes, avec un âge moyen de 37 ans.

Selon Daniel Pinède, il n’existe pas de saisonnalité marquée. Il observe tout de même davantage d’appels ces dernières semaines, possiblement en lien avec l’affaire Lyhanna, cette collégienne de 11 ans disparue fin mai puis retrouvée morte et violée le 4 juin dans le Gers.

Un appel traité par l’infirmière Géraldine Lenfant illustre ce travail. Le jeune homme au bout du fil, isolé, dans la vingtaine, vivait chez sa mère et travaillait récemment encore dans le périscolaire. Son contrat a été rompu en raison de son comportement. Il a évoqué une très grande proximité avec certains enfants de primaire, tout en niant des gestes inappropriés. Un rendez-vous a été fixé rapidement.

Le secret professionnel s’arrête en cas de péril imminent

Pour les soignants, la difficulté tient là. Évaluer la sphère relationnelle, la sexualité, et aussi une éventuelle consommation de vidéos pédopornographiques, sans manquer une urgence. Géraldine Lenfant le dit franchement, ce qui la stresse le plus, c’est la crainte de passer à côté d’un signalement nécessaire.

Le secret professionnel s’impose, sauf lorsqu’un mineur paraît exposé à un danger immédiat. Daniel Pinède donne un exemple précis, si un homme dit garder chaque jour une fillette de 9 ans et sentir qu’il veut la toucher le soir même, le procureur est prévenu.

En 2025, environ 150 signalements ont ainsi été adressés à la justice après des appels au dispositif. Selon le degré d’urgence, le procureur peut ordonner l’intervention des forces de l’ordre ou ouvrir une enquête.

Jérôme Nelra

Spécialiste Société

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