Feux annulés, les artificiers redoutent une vague de faillites cet été

Privée d’une grande partie des tirs du 14 Juillet à cause du risque incendie, la profession pyrotechnique dit jouer sa survie sur les reports d’ici septembre.

Explosion de feux d'artifice dans le ciel nocturne sur un paysage enneigé pour fêter la nouvelle année.
Image d'illustration. Feux d artifice hivernal — ADN

En bref

  • Les annulations menacent l’équilibre économique du secteur
  • Les professionnels dénoncent des arrêtés trop tardifs
  • Les reports jusqu’en septembre sont désormais décisifs

Pour les artificiers, le 14 Juillet ne pèse pas seulement dans l’imaginaire collectif. Il pèse dans les comptes. Et cette année, avec les annulations liées au risque d’incendie, une partie de la profession dit se retrouver au bord de la rupture.

Chez Euro Bengale, dans les Ardennes, le directeur et fondateur Bernard Deom explique avoir perdu près de 80 % des plus de 200 feux prévus, alors que cette période représente environ 70 % du chiffre d’affaires de son entreprise. Le patron, qui préside aussi le Syndicat de la pyrotechnie de spectacle et de divertissement, avertit que sans reports d’événements jusqu’à la fin septembre, des entreprises pourraient déposer le bilan avant la fin de l’année.

Un week-end clé qui a viré au trou d’air

Le problème est simple. Entre le 13 et le 15 juillet, beaucoup de sociétés réalisent l’essentiel de leur saison. Or les interdictions se sont multipliées un peu partout en France, sur fond de sécheresse, de niveau extrême pour les feux de forêt et de services de secours déjà très sollicités.

Bernard Deom regrette des décisions qu’il juge insuffisamment réfléchies. Selon lui, la chaleur et la sécheresse en juillet ne sont pas nouvelles, et les professionnels savent habituellement adapter le terrain et l’organisation pour réduire fortement les risques.

Des interdictions jugées trop tardives et incohérentes

Sur le fond, les artificiers ne contestent pas la prudence. Thibaut Prevot, directeur de Prevot artifices en Haute-Marne, dit même que quand la situation devient trop dangereuse, le bon sens doit l’emporter.

Là où ça coince, selon lui comme selon Bernard Deom, c’est la méthode. Les professionnels reprochent aux pouvoirs publics de ne pas avoir fixé de cadre clair au printemps, quand les entreprises commençaient à préparer l’été. Ils pointent aussi des écarts difficiles à comprendre entre départements voisins, avec des interdictions strictes dans certaines zones et des autorisations ailleurs malgré des conditions climatiques comparables.

Dans environ 40 % des départements, affirme Thibaut Prevot, les préfectures ont fini par interdire totalement les tirs, parfois moins de 24 heures avant l’horaire prévu.

Des salariés en moins, des reports espérés

Les chiffres avancés par Prevot artifices donnent une idée du choc. Sur 85 feux prévus entre le 11 et le 14 juillet, seuls 16 ont été tirés. À l’échelle nationale, pour les spectacles fournis à d’autres artificiers, l’entreprise estime qu’environ 35 % seulement ont eu lieu.

Résultat, 60 nuitées d’hôtel ont été annulées au dernier moment. Et sur 140 salariés attendus, 35 ont effectivement travaillé. Les entreprises misent désormais sur les spectacles reportés en août, puis jusqu’à fin septembre, avec une crainte évidente, celle qu’une nouvelle canicule vienne tout bloquer encore.

Le feu d’artifice pris entre contraintes et nouvelle concurrence

À cette fragilité s’ajoute un autre sujet, plus discret mais bien réel, l’arrivée des spectacles de drones. Thibaut Prevot reconnaît que le rendu peut être spectaculaire, tout en jugeant l’exercice plus convenu qu’un feu d’artifice, qu’il décrit comme vivant et jamais identique.

Il avance aussi un argument très concret pour les communes. Un spectacle de drones coûte au minimum environ 15.000 euros, un niveau qu’il estime hors de portée pour une ville moyenne. Derrière les annulations de cet été, c’est donc plus qu’un week-end raté qui se joue, la capacité d’une profession entière à tenir jusqu’à la prochaine saison.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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