En bref
- Bruxelles valide le rachat sous conditions
- Paramount Skydance doit quitter UIP
- Royaume-Uni et justice américaine restent décisifs
Le dossier avance, sans être réglé. Warner Bros Discovery peut bien obtenir un feu vert européen, le rachat par Paramount Skydance reste entouré d’obstacles, entre recours judiciaires aux États-Unis et incertitudes au Royaume-Uni.
Un feu vert européen, mais pas un chèque en blanc
Mercredi, la Commission européenne a autorisé l’opération, qui valorise Warner Bros Discovery à environ 95 milliards d’euros (110 milliards de dollars), dette comprise. Ce n’est pas un détail, on parle d’un rapprochement hors norme dans un Hollywood déjà très concentré.
Mais Bruxelles n’a pas validé la fusion telle quelle. L’exécutif européen estime que, sans garde-fous, le nouvel ensemble aurait pu imposer de moins bonnes conditions de distribution et de location aux exploitants de salles, avec un effet final sur les consommateurs.
Pourquoi la distribution des films inquiétait Bruxelles
Le point sensible s’appelle UIP, distributeur international basé à Londres, aujourd’hui codétenu par Paramount et Universal Pictures. Si les films de Warner avaient été ajoutés à ceux de Paramount et d’Universal dans cette structure, le poids du groupe aurait changé d’échelle.
Pour décrocher l’accord européen, Paramount Skydance s’est engagé à sortir du capital d’UIP dans les treize mois suivant le rachat. Le groupe promet aussi de ne pas conclure de nouvelle alliance avec Universal pendant dix ans. La Commission européenne considère que ces concessions répondent entièrement aux problèmes de concurrence qu’elle avait identifiés, en évitant une distribution conjointe avec les films d’Universal ou de Disney.
Deux géants, des franchises énormes et plus de 200 millions d’abonnés
Derrière cette fusion, il y a surtout un changement d’échelle. D’un côté, Paramount et ses actifs comme CBS, Top Gun, Mission: Impossible ou Star Trek. De l’autre, Warner avec CNN, Harry Potter et l’univers DC Comics.
Le futur groupe réunirait aussi Paramount+ et HBO Max, soit plus de 200 millions d’abonnés cumulés. La famille Ellison, propriétaire de Paramount Skydance et proche de Donald Trump, prendrait alors le contrôle de deux grands studios, de deux chaînes d’information et de deux grandes plateformes de streaming. Résultat, un acteur plus lourd, même si aucun des deux groupes ne domine seul ses marchés aujourd’hui.
Le vrai suspense se joue encore aux États-Unis et au Royaume-Uni
Le ministère américain de la Justice a déjà donné son accord. Il juge que l’opération peut renforcer la bataille du streaming face à Netflix, Amazon et Disney+.
Mais le dossier est loin d’être bouclé. Fin juin, le gouvernement britannique dirigé par Keir Starmer disait envisager une procédure d’autorisation renforcée pour protéger le pluralisme des médias. Et aux États-Unis, une douzaine d’États menés par la Californie attaquent la fusion en justice. Lundi, une juge fédérale d’Oakland a même ordonné la suspension du rachat le temps d’examiner l’affaire sur le fond.
Au passage, Netflix s’était retiré fin février après cinq mois de guerre d’enchères. Ce retrait avait laissé le champ libre à Paramount Skydance. Le plus dur commence peut-être maintenant.