Drame de Crans-Montana : la justice poussée à durcir le dossier Moretti

Deux avocats demandent en Suisse une qualification pénale plus lourde contre le couple Moretti, après des échanges évoquant un risque d’incendie.

Vue large de Crans Montana
Image d'illustration. Crans-Montana, lieu du drame. — ADN

En bref

  • Deux avocats veulent alourdir les charges
  • Des messages évoquent un risque connu
  • L’enquête vise aussi 14 personnes

Passer de l’homicide par négligence au meurtre par dol éventuel, ce n’est pas un détail de procédure. Dans l’affaire de l’incendie de Crans-Montana, deux avocats de victimes ont demandé aux magistrates suisses de retenir cette qualification plus lourde contre Jacques Moretti et Jessica Moretti, copropriétaires du bar Le Constellation.

Le 10 juin 2026, RTS a révélé cette initiative, ensuite confirmée à l’AFP par le ministère public du canton du Valais. La demande vient de Sophie Haenni, qui défend les proches d’une serveuse morte dans le drame, et de Ludovic Tirelli, avocat de plusieurs familles.

Une qualification qui change tout

Dans leurs courriers adressés aux magistrates chargées de l’enquête, les deux avocats estiment que les éléments recueillis permettent d’aller au-delà de la simple négligence. Ils demandent que Jacques Moretti et Jessica Moretti, déjà au centre du dossier, soient poursuivis pour meurtre par dol éventuel.

En droit pénal suisse, cette notion vise une situation où une personne n’a pas l’intention directe de provoquer un drame, mais envisage sérieusement qu’il puisse se produire et l’accepte malgré tout. La peine encourue peut aller jusqu’à la prison à vie.

Des messages au centre du basculement

Le point clé, ce sont des échanges révélés lors de la confrontation des époux le 5 juin. Selon Sophie Haenni, il s’agit de messages WhatsApp datant de 2019.

D’après l’avocate, ces discussions montrent que Jessica Moretti connaissait le risque d’incendie en cas de contact entre des étincelles de bougies « fontaine » et plusieurs éléments du sous-sol du bar, notamment le mobilier, la moquette ou la mousse insonorisante au plafond.

Elle a déclaré à l’AFP : « Cet échange démontre que le couple Moretti était parfaitement conscient du caractère hautement inflammable de la mousse acoustique. Il a pourtant quand même demandé à Cyane de monter sur les épaules d’un employé avec des bouteilles jonchées de bougies dans les mains ».

Le scénario retenu par les premiers éléments

Or, selon les premiers éléments de l’enquête, c’est justement un contact entre les étincelles et cette mousse acoustique qui aurait déclenché le feu dans la nuit du Nouvel An au bar Le Constellation.

Le bilan reste très lourd, avec 41 morts et 115 blessés, parmi lesquels de nombreux étrangers. C’est ce lien entre les messages antérieurs et le scénario envisagé par l’enquête qui motive aujourd’hui la demande de requalification.

Une enquête plus large que le seul couple

Le dossier ne vise pas seulement Jacques Moretti et Jessica Moretti. À ce stade, 14 personnes font l’objet d’une investigation pénale pour incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence.

On y retrouve aussi plusieurs élus, anciens ou toujours en fonction, ainsi que des employés de la commune. Après le drame, les responsables avaient reconnu l’absence de contrôles de sécurité et d’incendie dans le bar depuis 2019. C’est l’un des prochains points attendus dans la suite de l’enquête.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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