En bref
- Les femmes déclarent plus de douleur à tout âge
- La douleur ne grimpe pas toujours avec l’âge
- Les écarts entre pays se creusent après 65 ans
Le vieillissement ne raconte pas toute l’histoire
On imagine souvent une douleur qui augmente régulièrement avec les années. Ce n’est pas ce que montre cette vaste étude publiée dans Nature Medicine. Dans sept des onze zones du corps examinées, la fréquence de la douleur atteint un sommet à l’âge adulte moyen, puis recule ensuite.
Les pics varient beaucoup selon la zone. Les maux de tête culminent vers 34 ans, la douleur abdominale autour de 23 ans, la douleur du visage vers 45 ans. Celle du cou et des épaules atteint un maximum vers 62 ans, et celle du coude vers 59 ans.
Le schéma change pour les douleurs musculosquelettiques liées à l’usure, comme le dos, la hanche ou le genou. Là, la hausse se poursuit pendant l’âge adulte et le pic arrive plutôt autour de 75 ans. La douleur très intense culmine, elle, vers 50 ans, tandis que la douleur généralisée atteint son plus haut niveau près de 70 ans avant de diminuer.
Les femmes plus touchées, quel que soit l’âge
L’autre constat, massif, est stable d’un bout à l’autre de la vie. Les femmes rapportent plus souvent des douleurs que les hommes, dans toutes les zones étudiées et à tous les âges.
Pour Marta Miret, chercheuse de l’Université autonome de Madrid, les causes sont multiples. Elle cite des maladies douloureuses qui touchent particulièrement les femmes, comme l’endométriose, la migraine menstruelle ou la polyarthrite rhumatoïde, des pathologies longtemps peu étudiées.
La chercheuse ajoute aussi des facteurs sociaux. Les femmes assument plus souvent une double charge, professionnelle et familiale, ainsi que davantage de tâches de soin. Elle résume la situation ainsi : « En général, les femmes souffrent davantage, ont moins de temps pour s’occuper de ce mal-être et il se chronicise plus ». À cela s’ajoute un autre point, les hommes tendant à moins verbaliser leur douleur.
Une base de données hors norme
L’étude s’appuie sur les données de 6,1 millions de personnes âgées de 5 à 100 ans, dans 118 pays, dont l’Espagne. Les chercheurs ont compilé des déclarations de douleur recueillies entre 1990 et 2025.
Onze zones anatomiques ont été passées au crible, du thorax au pied, en passant par la main, le dos, le visage, la tête ou encore le genou. Des scientifiques de l’Institut de santé Carlos III, de l’Université de Cadix, de l’Université autonome de Barcelone et de l’Université autonome de Madrid ont participé aux travaux.
Le pays de vie pèse surtout après 65 ans
Le lieu de vie compte aussi. Chez les plus jeunes, les trajectoires de douleur restent proches d’un pays à l’autre. Mais après 65 ans, l’écart devient net.
Les pays au faible indice de développement humain présentent une prévalence de la douleur bien plus élevée chez les personnes âgées que les pays les plus favorisés. Les chercheurs pointent plusieurs facteurs de risque, comme le tabagisme, l’obésité et une situation économique ou sociale défavorable.
Comme ces facteurs sont modifiables, l’enjeu dépasse le simple constat statistique. Mieux prévenir et mieux suivre la douleur, l’une des grandes causes de handicap dans le monde, peut changer la donne à moyen terme.