En bref
- La voie d’infection change fortement le pronostic
- Les cas passés par le sang sont plus meurtriers
- Vaccins et résistances ont évolué en 50 ans
Quand la méningite à pneumocoque passe par le sang, le risque grimpe nettement. C’est ce que montre une étude menée par le service de microbiologie de l’Hôpital universitaire de Bellvitge–IDIBELL, avec la participation du Wellcome Sanger Institute, publiée dans The Lancet Microbe.
Derrière un même diagnostic, des risques très inégaux
L’équipe a étudié 387 adultes pris en charge entre 1974 et 2023 pour une méningite à pneumocoque à l’Hôpital universitaire de Bellvitge. Dans 174 cas, l’infection était liée à une otite. Chez 105 patients, la bactérie avait atteint le système nerveux via une fuite du liquide qui entoure le cerveau et la moelle épinière. Et dans 104 cas, elle était d’abord passée dans le sang depuis une infection localisée ailleurs dans l’organisme, le plus souvent une pneumonie.
C’est ce dernier groupe qui présente le pire pronostic. Sur les 30 premiers jours, 48 patients sur 100 sont décédés. Les malades étaient aussi, en moyenne, plus âgés et porteurs de davantage de pathologies antérieures. À l’inverse, la mortalité tombe à 10 sur 100 quand la méningite est liée à une otite, et à 9 sur 100 quand elle suit une fuite de liquide céphalorachidien.
Cinquante ans de recul pour suivre la maladie
Peu d’études disposent d’un tel recul. Ici, cinq décennies de données cliniques et microbiologiques ont été rassemblées, puis croisées avec l’analyse génomique de 200 échantillons de pneumocoque.
Carmen Ardanuy, cheffe de section du service de microbiologie de l’Hôpital universitaire de Bellvitge, chercheuse à l’IDIBELL et au CIBERES, explique que l’observation d’une même maladie sur 50 ans permet de voir ce qu’une photo à un instant donné ne montre pas, notamment l’évolution de la maladie, des bactéries en cause et des résistances aux antibiotiques.
Les vaccins ont aussi déplacé le paysage bactérien
L’étude montre aussi que tous les types de pneumocoque ne se répartissent pas de la même façon selon l’origine de l’infection, et que certains sérotypes sont associés à des formes plus graves.
Sur la période étudiée, les types couverts par les vaccins conjugués ont reculé. Ceux inclus dans le premier vaccin, le PCV7, représentaient 37 % des échantillons entre 1979 et 2000, contre 6 % entre 2016 et 2023. En parallèle, la résistance à la pénicilline est passée de 32 % à 20 %, et celle à la céfotaxime de 19 % à 6 %. Les chercheurs relient en grande partie cette baisse au recul de souches résistantes ciblées par la vaccination.
Le sérotype 3 reste sous surveillance
L’analyse complète de l’ADN de 200 souches, prélevées entre 1986 et 2023, a permis d’identifier 60 familles génétiques distinctes. Certaines ont diminué, d’autres se sont maintenues, et plusieurs concentrent davantage de résistances.
Parmi elles, le sérotype 3 conserve une place importante. Il apparaît plus souvent dans les méningites liées à une otite et chez les personnes âgées. L’un de ses lignages a montré une proportion plus élevée qu’attendu de cas graves et de décès, mais les auteurs précisent que ce signal devra être confirmé par des travaux plus larges et multicentriques. Sara Calvo-Silveria, première autrice de l’étude à l’IDIBELL, souligne que la lecture de l’ADN du pneumocoque aide à suivre ses transformations dans le temps et à anticiper de nouveaux risques.