En bref
- Une cible antifongique a été identifiée
- Trr1 affaiblit plusieurs défenses du champignon
- Certains traitements existants deviennent plus efficaces
Traiter une infection fongique invasive reste compliqué, surtout quand les médicaments disponibles sont peu nombreux et que leurs cibles ressemblent trop à des protéines humaines. C’est dans ce contexte qu’une équipe de l’Université d’Oviedo et de Harvard a identifié une piste qui compte, la protéine Trr1, chez Candida albicans.
Pourquoi ce champignon reste difficile à traiter
Candida albicans peut vivre habituellement dans l’organisme humain sans provoquer de maladie. Mais chez des patients immunodéprimés, après une greffe, lors de traitements oncologiques ou après des interventions complexes, ce champignon peut causer des infections invasives graves.
Le problème, c’est que les familles d’antifongiques restent limitées. Et beaucoup de cibles possibles chez le champignon sont trop proches de leurs équivalents humains, ce qui complique la mise au point de traitements à la fois sélectifs et peu toxiques.
Trr1, une protéine qui fragilise le champignon sur plusieurs fronts
L’étude montre que Trr1, une thioredoxine réductase, participe aux systèmes qui permettent à la cellule fongique de réparer les dommages oxydatifs et de maintenir son équilibre interne. Les chercheurs observent aussi qu’elle est nécessaire à la croissance du champignon à la température du corps.
Ce qui rend cette cible intéressante, c’est un double point. Elle est essentielle pour Candida albicans, mais elle présente aussi des différences structurelles importantes avec son équivalent humain.
Selon José Fernando Fierro, professeur au département de biologie fonctionnelle de l’Université d’Oviedo, « l’identification de Trr1 comme une protéine essentielle pour Candida albicans et différente de son équivalent humain ouvre une voie de recherche très intéressante pour le développement de nouveaux antifongiques ».
Quand la fonction de Trr1 baisse, il ne s’agit pas d’un seul défaut isolé. Le champignon perd en capacité de réponse au stress oxydatif, modifie profondément son métabolisme et affaiblit la construction de sa paroi cellulaire.
Une sensibilité accrue à des traitements déjà utilisés
Les travaux décrivent aussi une réorientation du glucose-6-phosphate vers la voie des pentoses phosphate, utile pour produire le pouvoir réducteur nécessaire face au stress. En contrepartie, cela limite la disponibilité d’intermédiaires servant à fabriquer les glucanes de la paroi cellulaire.
Résultat, les cellules où Trr1 est diminuée deviennent plus sensibles à l’amphotéricine B et à la micafungine, une échinocandine parmi les principales familles d’antifongiques de première ligne. Les chercheurs estiment donc que son inhibition pourrait affaiblir plusieurs défenses du champignon en même temps et renforcer l’effet de traitements déjà disponibles.
Une étude internationale publiée dans PNAS
Ces résultats ont été publiés dans Proceedings of the National Academy of Sciences. Le travail réunit des scientifiques du Laboratoire de microbiologie orale de l’Université d’Oviedo et a été dirigé par la docteure Julia R. Köhler, membre du Boston Children’s Hospital de la faculté de médecine de Harvard.
María Teresa Andrés, de l’Université d’Oviedo, résume l’effet observé ainsi, « l’altération de Trr1 provoque une réponse en chaîne qui affecte le métabolisme, le contrôle du stress oxydatif et la paroi cellulaire du champignon, et qui augmente aussi sa sensibilité à certains des antifongiques que nous utilisons actuellement ». Derrière le résultat de laboratoire, on voit surtout une perspective, celle de traitements plus ciblés à moyen terme.