Croissance 2026 : le gouvernement tient sa ligne malgré les doutes

Malgré les alertes du HCFP et des prévisions plus basses ailleurs, le gouvernement maintient 0,5 % de croissance en 2026 et un déficit à 5,4 %.

Une carte de la France en noir et blanc tramé
Image d'illustration. Une carte de la France en noir et — ADN

En bref

  • Le gouvernement garde 0,5 % pour 2026
  • Le HCFP juge 0,3 % plus crédible
  • Le déficit à 5,4 % est contesté

Les chiffres bougent, pas la ligne officielle. Mercredi, le gouvernement a maintenu sa prévision de croissance à 0,5 % pour 2026 et son objectif de déficit public à 5,4 %, alors même que plusieurs signaux récents racontent une économie plus faible.

Un scénario officiel maintenu malgré des voyants moins favorables

Au nom du gouvernement, Roland Lescure et David Amiel ont présenté un scénario inchangé dans le projet de loi de finances de fin de gestion pour 2026. Ce texte sert à ajuster les finances de l’année en cours avant son adoption par le Parlement.

Le pari, c’est donc toujours une progression du PIB de 0,5 %. Les ministres rappellent d’ailleurs que cette prévision dépassait déjà, à la mi-octobre, celle de la plupart des prévisionnistes.

Pourquoi le Haut Conseil juge l’objectif difficile à atteindre

Le Haut Conseil des finances publiques, organisme indépendant rattaché à la Cour des comptes, estime pourtant que cet objectif est difficilement atteignable. Dans son avis rendu public mercredi, il juge qu’une prévision de 0,3 % paraît plus vraisemblable.

Le contexte n’aide pas. L’Insee a annoncé le 30 octobre un recul du PIB de 0,1 % au troisième trimestre, après une baisse de 0,2 % au premier et une stagnation au deuxième. Le scénario gouvernemental, lui, avait été construit avant cette publication.

Même tonalité du côté de la Banque de France et de l’Insee, qui visent 0,4 %. Mardi, son gouverneur Emmanuel Moulin a même jugé cette estimation un peu optimiste, avec une révision attendue à la mi-décembre.

Le déficit et la dette ajoutent une pression supplémentaire

Le débat ne porte pas seulement sur la croissance. Pour le HCFP, la prévision de déficit à 5,4 % est elle aussi fragilisée par les évolutions récentes et les dernières informations disponibles.

L’institution souligne qu’en intégrant seulement la hausse attendue de la charge des intérêts de la dette, le déficit passerait mécaniquement à 5,5 points de PIB. À l’Assemblée, Roland Lescure a répondu qu’aucun élément remonté à ce stade ne conduisait à modifier l’estimation de 5,4 %. Mais le même ministre disait quelques heures plus tôt sur BFMTV que la croissance 2026 serait entre 0,3 % et 0,5 %.

Un débat budgétaire déjà tendu pour la suite

Cette discussion arrive dans un climat politique chargé. Le rapporteur général du Budget à l’Assemblée, Philippe Juvin, a jugé préoccupants à la fois le texte budgétaire de fin de gestion et l’avis du HCFP.

Et ce n’est pas isolé. Les députés s’apprêtent à rejeter le projet de budget de l’État pour 2027, lui aussi considéré par beaucoup comme fondé sur des hypothèses trop optimistes. Dans un rapport publié mercredi, la rapporteuse générale du Budget au Sénat, Christine Lavarde, estime que la croissance de 2026 pourrait être nettement inférieure à 0,5 %, et que l’objectif de 1 % pour 2027 est trop optimiste, même imprudent. Ce qui se joue ici dépasse donc 2026, c’est la crédibilité de toute la trajectoire budgétaire.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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