En bref
- Le taux d’appel à 127 % est contesté
- Gestion complexe et frais jugés trop élevés
- Trois réformes sont proposées
Sur le papier, l’Agirc-Arrco inspire confiance. Dans les faits, c’est un autre point qui alimente la critique, le fameux taux d’appel à 127 %. Pour Jean-Charles Simon, c’est là que le sujet devient très concret pour les salariés du privé.
Pourquoi le taux d’appel concentre les critiques
Le mécanisme est simple à comprendre. Quand 127 euros de cotisations sont versés par un salarié et son employeur, seulement 100 euros servent réellement à acheter des points pour la future pension. Les 27 euros restants financent l’équilibre du régime, sans ouvrir de droits supplémentaires.
C’est sur cette base que Jean-Charles Simon estime que les cotisants ne font pas une bonne affaire avec l’Agirc-Arrco. Le régime de retraite complémentaire des salariés du privé affiche donc une image de solidité, mais cette solidité aurait, selon lui, un coût direct pour ceux qui cotisent.
Une organisation jugée trop lourde
L’autre reproche vise la machine elle-même. Malgré l’unification des règles de retraite, l’Agirc-Arrco repose encore sur une douzaine de caisses distinctes. Pour l’économiste, cette structure entretient une complexité qui ne se justifie pas.
Ce constat n’est pas nouveau. Dès 2014, la Cour des comptes relevait des frais de gestion supérieurs de 20 % à ceux de l’Assurance retraite. Et les entreprises doivent toujours verser ces cotisations à part de celles collectées par l’Urssaf, ce qui ajoute, selon Jean-Charles Simon, du coût et des démarches sans service supplémentaire évident.
Il avance qu’une collecte centralisée par l’Urssaf, sur le modèle de l’assurance chômage, permettrait de dégager des économies substantielles.
Malakoff Humanis comme révélateur des failles de gouvernance
Pour Jean-Charles Simon, le problème n’est pas seulement technique. Il juge la gouvernance de ces organisations structurellement déficiente. Et il cite le cas de Malakoff Humanis, l’un des grands groupes de protection sociale qui gèrent le régime.
Une enquête du Parquet national financier porte sur des commissions suspectes versées lors d’opérations d’investissement. Aux yeux de l’économiste, cette affaire illustre des dysfonctionnements plus profonds. Il met aussi en cause le rôle des partenaires sociaux, syndicats et organisations patronales, qui siègent comme administrateurs, en estimant qu’ils sont parfois mal armés sur des sujets très techniques et exposés à des conflits d’intérêts.
Les trois pistes avancées pour réformer le régime
La réponse proposée tient en trois axes. D’abord, centraliser la gestion des retraites complémentaires pour mettre fin à la dispersion actuelle entre les caisses.
Ensuite, transférer durablement à l’Urssaf la collecte de l’ensemble des cotisations afin de simplifier les démarches des entreprises et de réduire les frais. Enfin, séparer clairement les activités commerciales de prévoyance de la mission de gestion des retraites dans les groupes de protection sociale.
L’idée, en gros, est de mieux protéger les intérêts des salariés. Et derrière le débat sur l’Agirc-Arrco, c’est une question plus large qui affleure, celle du pilotage de régimes financièrement solides, mais pas forcément exemplaires dans leur fonctionnement.