Tabac : et si l’Europe finissait par renforcer le marché parallèle ? 

La Commission européenne doit trancher au début du mois de décembre l'un des dossiers les plus sensibles de sa politique de santé publique : la révision de la directive sur les produits du tabac (TPD).

Paquets neutres face à des prix bas
Image d'illustration. Les règles peuvent peser sur les circuits parallèles. — ADN

Soutenus par plusieurs États membres, dont la France, les partisans d’un durcissement du texte plaident pour un gel du marché et de nouvelles restrictions sur les produits contenant de la nicotine, qu’il s’agisse des cigarettes ou d’alternatives plus récentes.

L’objectif est légitime : réduire la prévalence du tabagisme, première cause de mortalité évitable en Europe. Mais derrière ce consensus sanitaire, jusqu’où peut-on restreindre l’offre légale sans alimenter involontairement le marché parallèle ?

L’expérience française apporte un éclairage intéressant. Depuis plusieurs années, la lutte contre le tabagisme repose sur une idée simple : augmenter les prix pour décourager la consommation. Entre 2021 et 2025, le prix moyen du paquet de cigarettes est passé de 10,19 à 12,54 euros, soit une augmentation de 23,1 %. Dans le même temps, les ventes légales ont reculé de 30,5 %.

Pour les défenseurs de cette stratégie, ces chiffres témoignent d’un recul de l’accessibilité du tabac et contribuent à faire baisser le nombre de fumeurs. Mais d’autres données invitent à nuancer ce constat. Sur la même période, la consommation réelle de cigarettes n’aurait diminué que de 3,9 %. Une part importante des achats semble donc s’être déplacée vers d’autres circuits plutôt que d’avoir disparu.

Aujourd’hui, plus d’une cigarette fumée sur deux en France proviendrait d’un approvisionnement hors du réseau national de vente au détail. Achats transfrontaliers, contrebande, contrefaçon ou ventes illicites en ligne constituent désormais une réalité avec laquelle les pouvoirs publics doivent composer. D’ailleurs, un quart des buralistes français ont mis la clé sous la porte depuis une quinzaine d’années.

Or ce déplacement n’est pas sans conséquences. Contrairement au marché légal, ces circuits échappent largement aux contrôles sur l’âge des acheteurs, aux mécanismes de traçabilité et à la fiscalité. Le sujet est d’autant plus sensible que les recettes fiscales du tabac suivent une trajectoire paradoxale. Malgré l’augmentation continue des prix, elles seraient passées de 14,8 milliards d’euros en 2021 à 13,1 milliards en 2025. Une baisse qui nourrit le débat sur les limites du levier réglementaire lorsque le marché parallèle atteint une telle ampleur.

Les promoteurs d’un durcissement de la TPD répondent que la santé publique doit demeurer la priorité. Leurs opposants estiment au contraire qu’une réglementation plus sévère pourrait détourner davantage de consommateurs vers des circuits non contrôlés, sans bénéfice sanitaire clairement démontré.

Au fond, la question posée à Bruxelles est celle de l’équilibre entre ambition sanitaire et efficacité réelle. Car si restreindre l’offre légale peut contribuer à faire évoluer les comportements, encore faut-il s’assurer que la demande ne se reporte pas massivement vers des marchés échappant à tout contrôle. Faute de quoi, le principal bénéficiaire d’un nouveau tour de vis réglementaire pourrait être celui que personne ne souhaite voir prospérer : le marché parallèle.

La rédaction

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