Dette française : pourquoi Moody’s temporise encore sur la note

Moody’s maintient la note de la France à Aa3 avec perspective négative. Un sursis qui évite le pire, mais laisse intacte la pression sur le budget 2027.

Carte de France serrée dans un anneau
Image d'illustration. Moody’s maintient la France à Aa3. — ADN

En bref

  • Moody’s maintient la note française à Aa3
  • La perspective reste négative
  • Le budget 2027 devient décisif

La France évite une nouvelle dégradation de sa note souveraine, mais il s’agit surtout d’un sursis. Moody’s a laissé sa note à Aa3, tout en conservant une perspective négative, là où beaucoup attendaient un abaissement immédiat.

Un répit, pas un feu vert

Vendredi, l’agence américaine a donc choisi de ne pas bouger. Ce maintien a surpris, parce que le climat budgétaire et politique plaidait plutôt pour une sanction. Dans le détail, Moody’s précise que son communiqué ne constitue pas une action de crédit. En clair, la note ne change pas aujourd’hui, mais l’agence ne referme rien pour la suite.

Le contraste est là. La décision évite un choc symbolique immédiat pour la signature française, sans effacer les doutes sur la trajectoire du pays.

Le budget 2027 devient la vraie ligne de fracture

Ce que regarde désormais Moody’s, c’est moins la photo du moment que la capacité de l’exécutif à faire voter un budget 2027 jugé crédible. L’agence conditionne le maintien de son appréciation à une réduction du déficit public, mais aussi à une forme d’accalmie sociale.

Elle pointe aussi un risque politique plus large, celui d’une fragmentation persistante du paysage français, capable de gêner le fonctionnement des institutions. Dit autrement, la dette ne se joue pas seulement dans les comptes. Elle se joue aussi dans la capacité à gouverner.

Des chiffres qui continuent d’inquiéter

Sur le fond, les voyants restent tendus. Moody’s prévoit un déficit public de 5,2 % du PIB en 2027, après 5,4 % cette année, avec une croissance jugée plus faible que celle espérée par le gouvernement, qui table sur 1 %.

Les marchés, eux, ont déjà envoyé un signal assez net. Le rendement des obligations d’Etat françaises à dix ans a touché 5,14 % jeudi, un plus haut depuis juin 2002, avant de finir à 5,01 % vendredi. La dette publique est attendue à 121,7 % du PIB en 2027. Et la charge des intérêts représenterait 91 milliards d’euros l’an prochain.

Amélie de Montchalin, présidente de la Cour des comptes, a mis en garde contre un risque d’« étouffement financier » si cette trajectoire n’était pas maîtrisée. De son côté, l’économiste Mathieu Plane, de l’OFCE, parle d’un « cocktail Molotov pour les marchés ».

Le gouvernement gagne du temps avant le prochain test

Côté exécutif, Sébastien Lecornu a salué une décision qui, selon lui, « déjoue les pronostics déclinistes ». Le Premier ministre y voit un encouragement à poursuivre les discussions parlementaires pour faire adopter un budget avant la fin de l’année, avec un objectif maintenu de déficit limité à 5 % du PIB.

Roland Lescure, ministre de l’Economie, parle lui d’un appel à la responsabilité. Mais le calendrier reste serré. La prochaine échéance est déjà fixée au 27 novembre, date à laquelle S&P rendra sa décision. L’agence classe actuellement la France en A+, comme Fitch. Et c’est sans doute là que se verra si ce répit était un vrai délai utile, ou juste quelques semaines de plus.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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