Climat et santé, ce rapport médical réclame une urgence mondiale

Près de 3 millions de morts liées à la chaleur depuis 2016 : un rapport de The Lancet demande de traiter le climat comme une urgence sanitaire.

Climat USA
Image d'illustration. Climat USA — ADN

En bref

  • The Lancet demande une urgence sanitaire mondiale
  • Près de 3 millions de morts depuis 2016
  • Le coût économique dépasse 928 milliards d’euros par an

Le mot compte presque autant que le chiffre. Pour The Lancet, le changement climatique ne relève plus seulement de l’environnement ou de l’énergie, il faut désormais le traiter comme une urgence sanitaire mondiale.

Le rapport, porté par 146 chercheurs de 30 pays, arrive juste avant la COP31, prévue du 9 au 20 novembre. L’idée avancée est simple, mais lourde de conséquences : faire du climat une priorité de gouvernement, afin de financer l’adaptation des systèmes de santé et des économies face aux chocs qui s’installent.

Le climat n’est plus seulement un enjeu environnemental

Ce déplacement du sujet est central. Les auteurs estiment qu’un dispositif coordonné entre États, comparable dans son principe à ce que l’OMS déploie lors d’une pandémie, devrait être envisagé. Pas pour courir après chaque crise, mais pour bâtir une réponse de long terme.

Marina Romanello, directrice exécutive du projet scientifique Lancet Countdown, résume le constat en des termes très nets : dix ans après l’Accord de Paris, les effets du réchauffement sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale, et ils accélèrent.

Un bilan humain bien plus lourd qu’attendu

Le chiffre mis en avant par le rapport frappe. Entre 2016 et 2023, le réchauffement aurait provoqué près de 3 millions de décès liés à la chaleur dans le monde.

Pour la seule année 2023, 710.000 morts sont associées à la chaleur. Le rapport précise que ce total dépasse les décès dus au paludisme ou au VIH. Et plus des deux tiers de ces morts seraient liés au changement climatique d’origine humaine.

Comment les chercheurs isolent la part du réchauffement humain

La méthode, elle, cherche à répondre à une objection classique. Oui, des épisodes de forte chaleur existaient déjà. Mais Ollie Jay, de l’université de Sydney, explique que les chercheurs ont compilé les décès recensés par les États, puis retiré ceux qui auraient eu lieu dans un monde sans changement climatique.

C’est ce scénario théorique qui permet d’estimer la part imputable aux activités humaines. En gros, la chaleur reste un phénomène naturel, mais sa fréquence et son intensité augmentent, ce qui entraîne davantage de morts. Le rapport rappelle aussi qu’en 2025, une sécheresse extrême a touché plus de la moitié des terres émergées pendant au moins un mois.

Le choc économique frappe d’abord les régions les plus exposées

L’autre signal fort concerne l’économie. Sur les trois dernières années, la baisse de productivité liée à la chaleur aurait coûté à l’économie mondiale plus d’environ 928 milliards d’euros par an (plus d’un millier de milliards de dollars).

Le choc n’est pas réparti également. L’Asie du Sud-Est aurait perdu l’équivalent de 3,9 % de son PIB, l’Afrique 3,2 %, contre 0,2 % pour l’Europe et 1,5 % pour le continent américain. Derrière ces écarts, on voit déjà ce qui risque de structurer les prochaines années : une crise climatique qui est aussi, très concrètement, une crise de santé publique et de capacité économique.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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