En bref
- Plus de 50 000 décès estimés cet été
- Deux tiers liés au changement climatique
- Les villes européennes sont jugées mal adaptées
L’été 2026 a marqué un cap brutal en Europe. Selon deux études relues par des pairs et publiées dans Nature Health, plus de 50 000 personnes sont mortes à cause d’un excès de chaleur dans des zones urbaines de 27 pays de l’Union européenne, mais aussi au Royaume-Uni, en Norvège et en Suisse.
Les travaux ont été menés par des scientifiques de l’Imperial College London et de la London School of Hygiene et Tropical Medicine. Leur estimation fait de 2026 l’été le plus meurtrier lié à la chaleur depuis 2000 dans les zones étudiées.
Un record qui dépasse largement les précédents étés
Ce niveau de mortalité dépasse nettement les précédents pics recensés sur la période. Les chercheurs situent 2022 autour de 29.000 morts et 2003 autour de 28 000, très loin donc du bilan de 2026.
Le contraste est lourd de sens. On savait les étés européens plus chauds, mais ici la chaleur ne se lit plus seulement sur un thermomètre, elle se mesure en décès supplémentaires.
Le sud et l’ouest plus touchés, mais le nord n’a pas été épargné
Le sud et l’ouest de l’Europe ont concentré les températures les plus élevées, ainsi que les taux de mortalité estimés les plus importants. Mais les régions habituellement plus fraîches ont aussi payé un prix élevé.
Au Royaume-Uni, par exemple, environ 4.500 décès ont été estimés. Un tiers de l’ensemble des morts aurait eu lieu entre le 17 juin et le 1er juillet, une période où la température moyenne quotidienne dans la région dépassait de plus de 5 °C la normale.
Parmi les victimes, la majorité reste constituée de personnes âgées. Mais près de 6 000 personnes de moins de 65 ans auraient aussi perdu la vie dans les zones urbaines analysées.
Le changement climatique pèse désormais bien plus lourd
Les auteurs attribuent environ deux tiers de ces décès au changement climatique. Ce point compte, parce qu’il montre une aggravation dans le temps.
Au début du siècle, la part des morts liées à la chaleur imputée au réchauffement était estimée autour de 40%. En 2026, elle approche désormais les deux tiers.
La docteure Clair Barnes, du Centre for Environmental Policy à l’Imperial College London, estime qu’on peut dire « avec une assez grande certitude » qu’il est très probable que l’été 2026 ait été le pire enregistré pour la mortalité liée à la chaleur dans une grande partie de l’Europe.
Des villes mal préparées face à une chaleur plus extrême
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont étudié 854 zones urbaines, soit environ 40% de la population des 30 pays inclus. Ils ont croisé des relevés de température avec des modèles fondés sur la relation historique entre chaleur et mortalité, en expliquant que leurs résultats concordent avec les statistiques officielles publiées ensuite par les autorités sanitaires nationales.
Ils ont aussi comparé les températures observées avec celles qui auraient été attendues sans ajout de gaz à effet de serre. Pour Clair Barnes, ces chiffres rappellent l’urgence de mieux protéger les publics vulnérables et d’accélérer la transition énergétique.
De son côté, le docteur Pierre Masselot, statisticien et épidémiologiste à la London School of Hygiene et Tropical Medicine, juge que le réchauffement est « un problème de tous ». Il insiste sur des villes à refroidir, avec plus d’espaces verts, moins de pollution et un meilleur accès aux soins. C’est sans doute là que se joue déjà l’après 2026.