En bref
- Premier cas humain confirmé en France
- Le patient était gravement immunodéprimé
- Pas d’alerte générale, mais une surveillance renforcée
Un décès et un premier cas humain confirmé, dit comme ça, l’alerte paraît immédiate. En réalité, les chercheurs interrogés décrivent surtout un signal à surveiller, pas une menace installée pour le grand public.
Un premier cas humain, mais un profil très particulier
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, l’ECDC, a confirmé en France le premier passage connu du virus Shamonda à un être humain. Le patient est décédé, mais plusieurs spécialistes appellent à regarder d’abord son état de santé.
Selon David Roiz, chercheur à l’Instituto de Investigación en Recursos Cinegéticos de l’Universidad de Castilla-La Mancha, ce malade souffrait d’une immunodépression sévère. Il avait aussi une pathologie grave liée au virus, ce qui le plaçait dans une situation très différente de celle de la population générale.
Un virus connu chez les animaux, transmis par de petits insectes
Le virus Shamonda appartient à la famille des bunyavirus. Il circule entre bovins par l’intermédiaire de culicoïdes, aussi appelés jejens, de très petits diptères qui transmettent également la langue bleue.
Pour David Roiz, l’apparition d’un cas humain n’a rien d’inconcevable dans un contexte où circulent les animaux et les marchandises, avec en toile de fond les changements du climat. Il estime qu’il faut rester attentif aux risques sanitaires potentiels, sans transformer ce cas en sujet d’inquiétude générale.
De son côté, Ben Brennan, du Medical Research Council et de l’université de Glasgow, rappelle que ce virus est étroitement lié à celui de Schmallenberg, apparu en Europe en 2011 et responsable d’une maladie grave chez le bétail.
Pourquoi les experts ne parlent pas d’alerte sanitaire générale
Pour Ben Brennan, cette infection humaine reste un fait scientifique important. Mais il insiste sur le contexte clinique du patient, en expliquant qu’on ignore encore si le virus Shamonda a réellement contribué à son décès.
Même constat chez les autres spécialistes. À ce stade, il n’existe pas de preuve d’une maladie humaine généralisée liée à ce virus. Rien non plus qui pousse à modifier les activités habituelles ou à recommander des précautions supplémentaires pour la population.
Ce que les scientifiques veulent vérifier maintenant
L’inconnue, aujourd’hui, tient surtout à la manière dont cette personne a été infectée et au rôle exact du virus dans l’évolution de son état. Résultat ? Plus de questions de recherche que de certitudes sanitaires.
Pour Mónica González Candela, de l’université de Murcie, il faudra probablement mener une étude rétrospective, avec un volet sérologique, pour mesurer combien de personnes ont pu être infectées de façon subclinique, donc sans symptômes.
Elle estime aussi que le chantier immédiat passe par une surveillance intégrée entre médecins, vétérinaires, biologistes et entomologistes, dans une logique One Health portée par l’Organisation mondiale de la santé. Le message, en gros, tient là : pas d’alarmisme, mais un suivi plus serré.