En bref
- Atlas du pancréas à l’échelle cellulaire
- Nouvelle population cellulaire identifiée
- Des pistes pour le diabète
Plus de quatre millions de cellules et de noyaux cellulaires passés au crible, c’est l’échelle du nouvel atlas du pancréas humain. Derrière ce travail publié dans Cell Metabolism, l’idée est simple sur le papier, mais redoutablement ambitieuse, suivre l’organe cellule par cellule pour voir comment il fonctionne, et comment il se réorganise quand la maladie entre en jeu.
Une cartographie bien plus fine que les précédentes
L’atlas couvre des tissus allant du stade fœtal à l’âge adulte. Il réunit à la fois des échantillons de personnes en bonne santé et d’autres provenant de patients atteints de diabète de type 2. Résultat, une vision continue du développement du pancréas et de ses changements au fil du temps.
Le projet s’inscrit dans l’initiative Human Cell Atlas. Il a été coordonné par le Berlin Institute of Health de Charité, en Allemagne, avec la participation en Espagne du Centre national d’analyse génomique et de l’Institut de recherche contre la leucémie Josep Carreras.
Pour obtenir ce niveau de détail, les chercheurs ont combiné dix techniques génomiques complémentaires. Cela leur a permis de voir ce que font les cellules, comment elles sont régulées, mais aussi où elles se trouvent précisément dans le tissu.
Une nouvelle population cellulaire attire l’attention
L’un des résultats les plus marquants concerne une population cellulaire rare, jusque-là inconnue, baptisée pCACs. Ces cellules se distinguent par une forte plasticité, autrement dit une capacité à changer d’état et à réagir à une lésion ou à une modification de l’environnement du pancréas.
Le docteur Holger Heyn, responsable du groupe de génomique unicellulaire au CNAG et chercheur ICREA, explique que l’intégration de toutes ces couches d’information a mis au jour l’extraordinaire capacité d’adaptation des cellules de l’organe.
Même constat du côté d’Elisabetta Mereu, cheffe de groupe à l’Institut Josep Carreras, qui estime que l’étude montre un « pancréas beaucoup plus dynamique » et suggère que cette plasticité cellulaire fait partie des propriétés d’un organe sain.
Pourquoi cette carte compte déjà pour le diabète
Les chercheurs ont aussi étudié la réponse de l’organe au stress métabolique. Pour cela, ils ont exposé des îlots pancréatiques à de fortes concentrations de glucose. Ce test a permis d’identifier des altérations moléculaires importantes dans les cellules bêta de personnes atteintes de diabète de type 2.
Ce nouvel atlas, financé par la Commission européenne via le consortium ESPACE, doit maintenant servir de référence à la communauté scientifique. L’enjeu dépasse la seule description du pancréas, avec des applications attendues dans le diagnostic, les traitements du diabète et la médecine régénérative. C’est là que cette carte prend du poids, pas seulement pour comprendre l’organe, mais pour orienter les prochaines étapes de la recherche.