En bref
- Retarder le vaccin augmenterait les infections chroniques
- Le modèle porte sur 3,6 millions de naissances
- En Espagne, la règle dépend du risque maternel
Décaler un vaccin de la naissance à l’âge de 2 mois peut sembler minime. Dans le cas de l’hépatite B, l’écart pourrait pourtant peser lourd sur le long terme, selon une étude menée par des chercheurs du Massachusetts General Hospital et de la Harvard Medical School, publiée dans les Annals of Internal Medicine.
Quelques semaines qui changent le risque
Les chercheurs ont utilisé un modèle de Markov, un outil qui projette l’évolution d’une situation dans le temps, pour simuler les effets de différents calendriers vaccinaux sur une cohorte de 3,6 millions de bébés nés la même année.
Résultat, le report de la vaccination à 2 mois chez les enfants nés de mères non infectées par le virus de l’hépatite B ferait progresser de 19 % les infections chroniques contractées avant 20 ans. Et si la vaccination à 2 mois relevait d’une décision partagée entre familles et soignants, la hausse grimperait à 83 %.
L’étude estime aussi que, dans ce second scénario, plus de la moitié des enfants arrivant à l’âge adulte resteraient vulnérables à l’infection.
Le virage américain qui relance le débat
Le travail compare trois approches. La pratique actuelle, d’abord, avec une vaccination universelle dès la naissance. Puis un schéma différé à 2 mois pour les bébés de mères non porteuses du virus, conformément aux recommandations adoptées en décembre 2025 par l’ACIP, le comité consultatif américain sur les pratiques vaccinales.
Troisième scénario, plus récent encore, la décision partagée proposée en janvier 2026 par les CDC. Dans ce cadre, les familles de nourrissons nés de mères testées négatives discutent avec les professionnels de santé pour choisir entre une dose à la naissance ou un début de vaccination à partir de 2 mois.
Pourquoi les pédiatres restent prudents
L’American Academy of Pediatrics, ou AAP, continue de défendre une première injection dans les 24 heures suivant la naissance, avant la suite du calendrier. Sa position tient à un point simple, et quand même décisif, un nourrisson infecté très tôt a beaucoup plus de risques de développer une forme chronique.
L’organisation avance qu’en cas d’infection contractée à la naissance, ce risque atteint environ 90 %.
Ce que prévoit l’Espagne aujourd’hui
En Espagne, le ministère de la Santé prévoit une vaccination infantile contre l’hépatite B à 2, 4 et 11 mois quand le suivi de grossesse a bien été réalisé. Pour les bébés nés d’une mère infectée, la première dose doit être administrée dans les 24 heures, avec une immunoglobuline spécifique.
La Asociación Española de Pediatría, via son comité vaccinal, reprend aussi ce schéma dans son calendrier 2026. Les enfants et adolescents non vaccinés auparavant sont invités à compléter leur protection. Derrière ce débat de calendrier, on retrouve donc un sujet plus large, la façon dont une politique de santé publique arbitre entre souplesse pour les familles et protection maximale dès les premières heures de vie.