Lupus : pourquoi le risque d’infarctus et d’AVC inquiète autant

Les personnes atteintes de lupus ont environ deux fois plus de risque cardiovasculaire. Les médecins insistent sur une prévention dès le diagnostic.

Infographie présentant de manière claire les signes précurseurs d'un AVC pour sensibilisation.
Image d'illustration. Infographie des trois signes avant coureurs d un avc — ADN

En bref

  • Le lupus double le risque cardiovasculaire
  • La prévention doit commencer au diagnostic
  • Les CAR-T restent prometteuses mais à confirmer

Le risque ne s’installe pas forcément avec les années. Dans le lupus, il peut apparaître très tôt, parfois dès les premières phases de la maladie. C’est ce qui pousse aujourd’hui les médecins à regarder le cœur et les vaisseaux au même niveau que les autres atteintes de cette pathologie auto-immune.

Le cœur peut être touché très tôt

Lors d’un cours consacré au lupus et au syndrome des antiphospholipides organisé à Córdoba par la Société espagnole de rhumatologie, avec le soutien de GSK, la docteure Clara Moriano, du service de rhumatologie de l’Hôpital Universitaire de León, a rappelé que les personnes atteintes de lupus présentent environ deux fois plus de risque de développer une maladie cardiovasculaire, comme un infarctus ou un AVC, que la population générale.

Ce sur-risque s’explique à la fois par des facteurs classiques, comme l’hypertension artérielle ou un cholestérol élevé, et par des mécanismes liés au lupus lui-même. L’inflammation chronique et l’exposition prolongée aux corticoïdes font partie des éléments pointés.

Un résultat pèse particulièrement dans le débat. Le registre national RELESSER, publié en 2024 par la Société espagnole de rhumatologie, montre que les dommages organiques cumulés apparaissent surtout pendant la première année suivant le diagnostic, et que les complications cardiovasculaires contribuent nettement à ce dommage précoce.

Un changement net dans la prise en charge

Pour Clara Moriano, ces données renforcent l’idée d’une prévention cardiovasculaire lancée dès le diagnostic, avec trois axes, contrôler l’activité inflammatoire, corriger les facteurs de risque classiques et réduire autant que possible l’exposition aux corticoïdes.

En parallèle, la prise en charge du lupus a beaucoup évolué ces dernières années. L’arrivée de nouvelles thérapies biologiques, ainsi que de stratégies de traitement plus précoces, ciblées et personnalisées, a modifié l’objectif. Il ne s’agit plus seulement de calmer les poussées.

Clara Moriano résume ce virage ainsi : « Aujourd’hui, nous ne cherchons pas uniquement à contrôler les poussées, mais à atteindre la rémission ou à maintenir une activité minimale, à prévenir les dommages irréversibles et à réduire au maximum l’exposition aux corticoïdes, en essayant de les retirer chaque fois que possible. »

Elle souligne aussi que de nouvelles combinaisons thérapeutiques pour la néphrite lupique, l’une des formes les plus fréquentes et sévères, élargissent les options. L’objectif, dit-elle, n’est plus seulement de vivre plus longtemps, mais de vivre avec moins de complications et une meilleure qualité de vie.

Les CAR-T, piste prometteuse mais encore sous surveillance

De son côté, le docteur Tarek Salman, autre coordinateur de la rencontre et membre du service de rhumatologie de l’Hôpital Universitaire del Mar de Barcelone, insiste sur des traitements engagés plus tôt, sans attendre que la maladie devienne réfractaire ou accumule davantage de dommages.

Il a aussi évoqué les thérapies cellulaires CAR-T pour certains lupus graves résistants aux traitements habituels. Selon lui, les premiers résultats publiés dans des maladies auto-immunes sévères, dont le lupus, montrent parfois des réponses cliniques profondes et des rémissions maintenues pendant le suivi.

Mais l’enthousiasme reste encadré. Tarek Salman appelle à la prudence et estime qu’il faut encore des études contrôlées, plus de recul sur la durée réelle des réponses, une meilleure identification des patients qui pourraient le plus en bénéficier, et une évaluation claire de la sécurité à long terme. C’est là que se joue la suite.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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