Chez EDF et GDF, la grève monte sur fond de tarif énergie menacé

La contestation contre la remise en cause du tarif agent a fortement perturbé la production. Pour les usagers, le risque de coupures n’est pas écarté.

Ampoule brisée sur déchirure verticale
Image d'illustration. Le risque de coupures n’est pas écarté. — ADN

En bref

  • Grève massive dans l’énergie ce mardi
  • 7,9 gigawatts de production en moins
  • Le tarif agent cristallise le conflit

La grève lancée mardi 15 septembre 2026 dans les industries électriques et gazières a déjà retiré 7,9 gigawatts de puissance au système électrique, selon EDF. Pour l’instant, aucune incidence n’est signalée pour les usagers. Mais plusieurs responsables syndicaux préviennent que le mouvement pourrait se durcir si le gouvernement maintient son projet de réforme.

Une production déjà amputée de plusieurs gigawatts

Concrètement, neuf réacteurs tournaient à puissance réduite mardi. Des centaines de mégawatts de production thermique au gaz et hydraulique étaient aussi à l’arrêt. Dans plusieurs sites, les grévistes ont mené des actions qui ont pesé sur la disponibilité du parc, notamment à Tricastin, Flamanville, Cattenom, Penly, Paluel, Nogent-sur-Seine et Saint-Alban-du-Rhône.

À Gravelines, la plus grande centrale nucléaire française, les syndicats avancent qu’environ 80 % des salariés ont cessé le travail. Le contexte compte aussi. La France tire environ 70 % de son électricité de ses 57 réacteurs et reste un exportateur important pour ses voisins, alors que les prix de l’énergie restent élevés.

Le tarif agent, un avantage ancien devenu explosif

Au cœur du conflit, il y a le tarif agent, appelé aussi avantage en nature énergie. Ce dispositif remonte au décret du 22 juin 1946, pris après la nationalisation du secteur. Son article 28 prévoit une fourniture de gaz et d’électricité à prix réduit pour les salariés des industries électriques et gazières.

Il concerne aujourd’hui environ 140 000 salariés de groupes comme EDF, ENGIE, RTE, Enedis ou GRDF, mais aussi des entreprises locales de distribution. Les retraités, ainsi que les veuves et veufs de salariés relevant de ce statut, en bénéficient également.

Pourquoi le gouvernement veut rouvrir ce dossier

Le ministère de l’Énergie dit envisager une réforme après une mise en demeure de la Cour des comptes, qui demande une mise en conformité entre ce tarif réduit et la valeur réelle de l’énergie. La décision doit passer par un arrêté ministériel.

Le niveau du tarif n’a pas changé depuis 1951 pour l’électricité et 1962 pour le gaz. La Cour des comptes avait déjà recommandé un meilleur encadrement en 2013, puis une suppression progressive en 2019. Dans un rapport publié mi-juillet, elle estime que les bénéficiaires paient désormais moins de 2 % du tarif moyen supporté par les consommateurs. Elle chiffre aussi le coût à plus de 700 millions d’euros en 2024 pour le groupe EDF, et à environ 230 millions d’euros les moindres recettes pour les finances publiques.

Des syndicats décidés à aller plus loin

Pour les syndicats, cet avantage fait partie de la rémunération. Certains contestent d’ailleurs l’évaluation de la Cour des comptes et parlent plutôt d’un tarif autour de 10 % de celui payé en moyenne par les ménages. La CFE-CGC évoque une grève historique.

Nicolas Dessertenne, de la CGT, prévient qu’il faut « frapper fort » et que, sans réponse, le mouvement pourrait aller jusqu’à des arrêts de tranche, c’est-à-dire l’arrêt de production d’un réacteur. Fabrice Coudour, de la FNME-CGT, rappelle que la grille salariale de la branche débute sous le Smic et juge ce tarif « vraiment un totem ». Même ligne à la CFDT, où Dominique Santoni réclame l’abandon pur et simple de la mesure.

Jérôme Nelra

Spécialiste Société

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