Canicule, cette facture cachée qui pèse sur l’économie française

La chaleur extrême ne frappe pas seulement la santé. Elle rogne aussi la croissance, les salaires, les prix et les finances publiques.

Air ondulant au-dessus des vignes sous la chaleur du sud de la France
Image d'illustration. Canicule dans le sud de la france — ADN
  • La chaleur extrême coûte des milliards à la France
  • Le travail, les prix et l’État sont touchés
  • L’adaptation progresse, mais reste insuffisante

La canicule agit aussi comme une taxe invisible. On la voit peu, mais elle finit par toucher le travail, les prix et, clairement, le portefeuille. D’après une étude d’Allianz Trade, la chaleur extrême pourrait coûter 206 milliards d’euros à la France entre 2026 et 2030.

Une addition bien plus lourde qu’un simple épisode météo

Ce montant cumulé représente environ 7 % du PIB annuel français. Et le signal n’a rien de théorique. Pour le seul été 2025, les événements climatiques extrêmes ont déjà coûté plus de 10 milliards d’euros, selon une étude de l’université de Mannheim, en Allemagne.

On parle souvent d’un risque sanitaire. Il existe, évidemment. Mais la chaleur devient aussi un facteur économique capable d’influencer la croissance, l’emploi, les finances publiques et le niveau de vie.

Quand la chaleur fait chuter le travail

Derrière ces chiffres, il y a le stress thermique. Ségolène Journoud, de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, explique qu’au-delà de 30 °C, y compris dans des bureaux, la concentration baisse et la perte de productivité est estimée à 10 %.

Les métiers de la construction, de l’agriculture, de la voirie ou des espaces verts sont en première ligne. Mais pas seulement. Les salariés du tertiaire subissent eux aussi les nuits trop chaudes, le manque de sommeil et la fatigue accumulée. Résultat, une baisse plus générale des performances.

Prix, salaires, consommation, le choc se prolonge

Le point important, c’est que l’effet dure plus longtemps que la vague de chaleur elle-même. Hazem Krichene, économiste climat chez Allianz et Allianz Trade, décrit un enchaînement où les entreprises encaissent d’abord la baisse de productivité, puis les années suivantes voient ralentir la progression de la masse salariale.

Ensuite, cela remonte vers les ménages. La demande recule, la consommation aussi, tandis que certains prix augmentent, notamment dans l’agriculture et l’énergie. L’économiste parle d’un scénario de stagflation, avec activité ralentie et inflation, donc un impact direct sur le pouvoir d’achat réel.

Des comptes publics sous pression, une adaptation encore incomplète

Et l’État paie aussi la note. Quand la croissance ralentit, les recettes de TVA et d’impôt sur les sociétés baissent. Selon l’étude d’Allianz Trade, les pertes de production liées à la chaleur pourraient amputer les recettes fiscales françaises d’environ 1,8 % par an dans les scénarios les plus défavorables.

En face, les dépenses montent. Soins de santé, dispositifs d’urgence, indemnisations après catastrophe, aides aux agriculteurs, réparation des routes fondues ou des rails déformés, pas mal de lignes budgétaires sont concernées.

L’adaptation avance, quand même. Les travaux de l’Institut de l’économie pour le climat recensent 1,7 milliard d’euros dédiés à l’adaptation entre 2020 et 2024, avec d’autres dépenses publiques utiles pour les infrastructures, les bâtiments ou la prévention des risques. Mais les experts jugent l’effort encore trop faible, d’autant que la dynamique ralentit en 2025 sous l’effet des contraintes budgétaires.

La réglementation évolue aussi, avec un décret et un arrêté de 2025 renforçant les obligations des employeurs pendant les vagues de chaleur. En France, il n’existe toutefois pas de température maximale interdisant le travail, rappelle Ségolène Journoud, qui cite l’exemple de l’Espagne. Sur le terrain, certaines organisations anticipent déjà, comme Leroy Merlin avec des pièces refuges climatisées, ou la collectivité de Grenoble, qui décale les horaires d’été des équipes extérieures. Le sujet, lui, ne disparaîtra pas avec la fin de l’été.