En bref
- Brian De Palma rejetait le « coverage », préférant définir précisément ses cadrages avant chaque tournage.
- Son cinéma reposait sur une mise en scène millimétrée, où chaque plan servait à guider le regard du spectateur.
- Cette approche défendait une conception très visuelle du cinéma, tout en critiquant une industrie qu’il jugeait de moins en moins attentive à la mise en scène.
Brian De Palma avait une formule très nette sur sa façon de tourner. Pour lui, le coverage était presque un gros mot. En 2013, pendant la promo de Passion, le cinéaste expliquait qu’il avait une idée très précise de l’endroit où placer la caméra, qu’il tournait ce plan-là, et rien d’autre. Le reste, cette accumulation d’angles pour décider plus tard au montage, n’entrait tout simplement pas dans sa logique. Une phrase sèche, mais elle raconte presque tout son cinéma.
Une phrase qui résume une méthode
Dans cette interview, Brian De Palma insistait sur un point simple, la relation entre la caméra et l’action est critique. Il disait en substance qu’installer plusieurs caméras, empiler gros plans, plans d’ensemble, champs-contrechamps ou angles variés pour voir ensuite quoi garder en salle de montage, ce n’était pas son approche. Chez lui, le plan existe avant le tournage. Pas après. Et ça change tout.
Cette opposition au shoot-for-the-edit, très courant aujourd’hui, le place à part. Là où beaucoup cherchent des options, lui cherchait la bonne décision dès le départ. C’est plus risqué, mais aussi plus tranché.
Un cinéaste qui pense chaque plan
Sa filmographie colle parfaitement à cette méthode. Dès Sisters, puis avec Phantom of the Paradise, Obsession et surtout Carrie, il élargit son vocabulaire visuel avec écrans partagés, split-diopters, ralentis, vues en plongée et longs plans chorégraphiés. Chaque outil sert une mise en scène pensée au millimètre.
Le texte rappelle aussi que Brian De Palma est souvent vu comme l’un des grands praticiens du pur cinéma. Pas seulement un styliste. Un réalisateur qui raconte d’abord avec les images. On le retrouve dans Blow Out, Scarface, Body Double, Les Incorruptibles, L’Impasse, Mission: Impossible ou Femme Fatale. Une carrière sacrément dense, quand même.
Pourquoi cette vision reste à part ?
L’absence de coverage a aussi été remarquée des années plus tard sur Blow Out, notamment par le monteur Paul Hirsch. Ce détail n’en est pas un. Filmer ainsi oblige le spectateur à rester actif, presque coincé dans le regard que le réalisateur a choisi pour lui.
Et c’est là que le lien avec Alfred Hitchcock revient. Le suspense chez Brian De Palma passe par le contrôle du regard, souvent avec une dimension de voyeurisme. Vous voyez ce qu’il veut que vous voyiez, au moment exact où il le décide. Pas de gras. Pas de plan de secours.
Des formules qui prolongent la même obsession
Au fil des années, Brian De Palma a tenu d’autres propos du même genre. Il expliquait s’intéresser au médium lui-même et chercher à rappeler au public qu’il regarde toujours un film. Il jugeait aussi que l’horreur est une forme très cinématographique, sans doute la plus proche du pur cinéma aujourd’hui.
Il se montrait enfin beaucoup plus dur sur l’industrie. Il regrettait un système où les dirigeants s’intéressent moins aux films, et disait aller au cinéma en ayant parfois l’impression de s’endormir visuellement, tant peu de gens semblent encore penser à l’apparence des choses, aux décors ou à la narration par l’image. Bref, chez Brian De Palma, la caméra n’est jamais posée au hasard.