En bref
- 900 élèves évacués juste avant la crue
- L’école a été détruite en cinq minutes
- 69 écoles népalaises ont été ravagées
À Trishuli Bazaar, dans le nord du Népal, Rajendra Dawadi a fait évacuer 900 élèves le 26 août, quelques minutes avant qu’une crue dévastatrice n’emporte son école. Le principal, âgé de 47 ans, explique avoir dû trancher très vite, avec une question simple en tête, perdre une journée de cours ou risquer des vies.
Quelques minutes pour trancher
Il était 9 heures quand le comptable est arrivé en criant que l’inondation approchait et que des villages avaient déjà été submergés. Un collègue a ensuite confirmé qu’une vague immense s’était formée en amont de la rivière Trishuli.
Rajendra Dawadi raconte avoir eu peur. Il s’est demandé si l’alerte pouvait être fausse, avec à la clé une journée d’éducation perdue. Mais, dit-il, si l’information était vraie, tout le monde pouvait mourir, lui compris. Le principal a donc ordonné l’évacuation immédiate des classes et demandé aux chauffeurs des bus scolaires déjà en route de faire demi-tour.
Quand l’ordre a été transmis, des élèves ont paniqué. Rajendra Dawadi raconte qu’une jeune fille s’est évanouie devant une salle de classe.
L’école balayée, malgré l’évacuation
Une fois les élèves mis à l’abri sur les hauteurs, le principal s’est retourné vers le bâtiment. Il dit avoir vu l’école, où il avait lui-même étudié, disparaître presque d’un coup. Rajendra Dawadi résume la scène ainsi : « Et en cinq minutes, tout s’est effondré ».
Le sauvetage n’a pas empêché toutes les pertes. Cinq élèves sont morts dans la crue, mais à l’extérieur de l’école. Un enseignant et un gardien ont aussi péri. Le principal suppose que ce dernier avait sans doute voulu fermer la porte.
Des familles dispersées par la crue
Parmi les élèves, Santoshi Dotel, 17 ans, suivait un cours de comptabilité quand l’ordre d’évacuer est tombé. Elle remercie encore le concierge qui l’a poussée à partir. Avec son amie Shriya, elle a d’abord tenté de rejoindre la maison familiale en traversant vers la rivière.
Puis l’eau a surgi. Santoshi Dotel dit avoir pleuré, persuadée qu’elle ne rentrerait pas chez elle. Le pont a ensuite été emporté, et son amie l’a tirée vers une colline. Restée sans nouvelles de ses parents pendant des heures, elle n’a retrouvé sa mère, Durga Dotel, que quatre jours plus tard, à sa descente d’hélicoptère. Durga Dotel explique qu’en voyant la rivière en crue, elle avait perdu tout espoir de revoir sa fille vivante.
Une catastrophe qui frappe aussi l’éducation
Le bilan officiel fait état d’au moins 1 385 morts et de plus de 5 500 disparus à la frontière entre le Népal et la Chine. Selon l’ONG Save the Children, au moins 69 écoles ont été détruites, compromettant l’éducation de près de 19 000 enfants.
Quelques jours après le drame, Rajendra Dawadi dit pousser les autorités à rouvrir l’école au plus vite. Il juge même cette catastrophe pire que le séisme de 2015. À l’époque, l’école avait été reconstruite. Cette fois, explique-t-il, le terrain et le bâtiment ont disparu.