En bref
- L’AfD domine largement en Saxe-Anhalt
- Ulrich Siegmund incarne cette percée
- Son ascension dépasse déjà le Land
Si ce résultat se confirme politiquement, l’AfD pourrait prendre pour la première fois le contrôle d’une région allemande depuis 1945. En Saxe-Anhalt, une première estimation de l’audiovisuel public ARD attribue au parti d’extrême droite 44,5 % des suffrages, soit 26 points de plus que les conservateurs. La question, maintenant, porte sur l’accès réel au pouvoir.
Pour Friedrich Merz, le choc est déjà là. Le parti du chancelier, arrivé au pouvoir en mai 2025 avec la promesse de freiner la progression de l’AfD, encaisse en Saxe-Anhalt une défaite lourde, et très visible.
Un score qui secoue toute la politique allemande
À 35 ans, Ulrich Siegmund apparaît comme le grand bénéficiaire de ce scrutin régional. Le dirigeant local de l’AfD avait lui-même expliqué vouloir « marquer l’histoire ». Dimanche, ce scénario a pris une forme très concrète.
Mais ce succès électoral ne garantit pas, à lui seul, une prise du pouvoir. C’est tout l’enjeu des prochains jours. Le parti antimigrants, décrit aussi comme russophile et pro-Trump, s’approche en tout cas d’un seuil inédit dans l’histoire politique récente de l’Allemagne.
Une campagne taillée pour les réseaux et le terrain
Dans ce Land de 2,1 millions d’habitants, pauvre, vieillissant et situé dans l’ex-Allemagne de l’Est, Ulrich Siegmund a mené une campagne omniprésente sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, il est suivi par plus de 500 000 personnes.
On l’a vu en selfie, en séance d’autographes, en footing, dans des fêtes de village ou en virée sur une mobylette. Cette mise en scène de proximité lui permet de toucher des publics très différents, des jeunes comme des retraités. Der Spiegel l’a pourtant placé en une sous un titre beaucoup plus sévère, le présentant comme l’homme le plus dangereux d’Allemagne.
Du commerce à l’AfD, avec l’Est allemand comme ressort
Né trois semaines après la réunification en 1990, Ulrich Siegmund a d’abord suivi un apprentissage de commercial, puis des études de psychologie économique et de gestion d’entreprise. Il a ensuite créé à Berlin une société de diffusion de parfums d’ambiance avant de revenir en Saxe-Anhalt.
Après six ans chez les conservateurs, il rejoint l’AfD en 2014, un an après la création du parti. Sur place, il exploite aussi l’Ostalgie, cette nostalgie de l’ex-RDA. Le jour du vote, il s’est rendu au bureau avec son épouse Julia sur une Simson bleu ciel aux couleurs de l’AfD, symbole assumé de l’identité est-allemande.
Un programme dur et des zones d’ombre persistantes
Sur le fond, Ulrich Siegmund promet d’expulser les immigrés en situation irrégulière de Saxe-Anhalt dès le début de son mandat. Il défend aussi un rapprochement avec la Russie, veut sortir la région du champ de l’audiovisuel public, qu’il juge biaisé, et souhaite interdire les drapeaux arc-en-ciel dans les écoles.
Il veut aussi renforcer l’affichage du drapeau allemand dans les établissements publics et revoir l’enseignement de l’histoire, qu’il estime trop centré sur la culpabilité liée au IIIe Reich. Son nom apparaît également dans la réunion de Potsdam de novembre 2023, où un projet d’expulsion massive d’étrangers et d’Allemands d’origine étrangère avait été évoqué. Selon Der Spiegel, certains de ses collaborateurs ont été très proches de la mouvance néonazie.
Et la suite dépasse peut-être déjà la Saxe-Anhalt. Sur les réseaux sociaux, Ulrich Siegmund entretient lui-même cette idée avec une formule brève, « Qui sait ce que l’avenir nous réserve ? ».