À Enghien-les-Bains, la controverse autour le remboursement des cures thermales perdure

Image d'illustration. Cure thermale bain eau coupleADN
À Enghien-les-Bains, la question du financement des cures thermales continue de susciter des discussions. Alors que la station attire de nombreux curistes chaque année, le remboursement de ces soins reste au cœur des préoccupations locales.
Tl;dr
- Déremboursement menacerait l’activité thermale à Enghien-les-Bains.
- L’efficacité médicale des cures thermales contestée.
- Enjeux économiques majeurs pour les territoires concernés.
Des cures thermales sous la menace du déremboursement
Enghien-les-Bains, bastion historique du thermalisme en Île-de-France, traverse une période d’incertitude. Le sujet n’est pas nouveau mais il fait de plus en plus de vagues : le possible déremboursement des cures thermales par la Sécurité sociale. Pour Céline Meglioli, directrice des établissements locaux, il n’y a guère de doute : « Ce serait purement la fin de notre activité ». Ces propos sont lourds de sens pour un secteur qui peine déjà à retrouver son souffle depuis la pandémie.
La fréquentation a fondu : environ 300 curistes par an aujourd’hui, contre plus de 500 avant 2020. Les raisons ? L’épidémie, bien sûr – « se retrouver en groupe, entre personnes âgées fragiles, il y a davantage de réfractaires » –, mais aussi l’inflation qui pèse sur les retraités et un reste à charge croissant, que les mutuelles ne compensent plus vraiment.
Une efficacité médicale débattue
Les arguments en faveur d’un remboursement demeurent pourtant solides pour certains professionnels. À écouter Céline Meglioli, « 100 % de nos curistes sont satisfaits et consomment moins de médicaments ensuite ». Quelques études avancent même une baisse significative des dépenses de santé après cure. Pourtant, la Cour des comptes, dans un récent rapport, avance que l’efficacité médicale « n’a pas été démontrée ». Le taux actuel de remboursement – jusqu’à 70 % – surclasse celui de traitements jugés majeurs.
D’autres voix s’élèvent contre ce modèle : le professeur André Grimaldi, figure émérite du CHU Pitié-Salpêtrière, n’hésite pas à qualifier le système de « supercherie » : « Tout comme une semaine au ski ou à la mer ferait du bien… mais cela ne relève pas de la médecine, donc ne doit pas être remboursé ». Pour lui, ouvrir la porte aux cures revient à valider toutes les médecines alternatives.
L’argument économique : vital ou secondaire ?
Pour autant, ceux qui défendent les cures mettent aussi en avant leur rôle dans l’économie locale. Selon un rapport du sénateur Jean-Marc Boyer (LR), l’activité thermale représenterait près de 7 000 emplois directs et 100 000 indirects. Mieux encore : chaque euro investi générerait près du double dans l’économie locale. À Enghien-les-Bains toutefois, ce bénéfice se fait discret ; beaucoup de curistes rentrent chez eux aussitôt leur traitement terminé.
Voici ce que souligne la direction :
- L’impact local varie selon le type d’établissement.
- Tous les territoires ne profitent pas également du passage des curistes.
Nouveaux profils et mini-cures : vers une mutation du secteur ?
Face à ces critiques, un modèle émerge : les mini-cures non remboursées, sur cinq ou six jours seulement. Plus courtes et moins coûteuses (305 euros), elles attirent une clientèle plus jeune et active – un profil inédit pour ce secteur traditionnellement lié aux seniors. D’après le Conseil National des Établissements Thermaux, près de 50 000 personnes ont choisi ce format en 2024, soit une hausse marquée.
Le débat est loin d’être tranché : alors que 90 % du chiffre d’affaires dépend encore des cures prises en charge par l’assurance maladie, l’avenir du thermalisme français demeure incertain – entre enjeux budgétaires nationaux et réalités locales bien ancrées.