En bref
- Un lipide baisse avec l’âge dans les cellules
- Le restaurer relance des mitochondries chez le ver
- Des indices apparaissent aussi dans des tissus humains
Le vieillissement cellulaire n’est peut-être pas une pente totalement à sens unique. Une équipe de l’Institut Fritz Lipmann, en Allemagne, décrit un mécanisme qui touche les mitochondries, ces structures qui fournissent l’énergie aux cellules, et qui pourrait en partie être corrigé par l’alimentation.
Ce que les chercheurs ont repéré dans les cellules
En étudiant des vers, des cellules humaines et des tissus humains, les chercheurs ont observé qu’un lipide précis, la phosphatidylcholine, diminue avec l’âge. Or cette molécule joue un rôle central dans l’intégrité des membranes qui entourent les mitochondries.
L’équipe explique que la synthèse de cette phosphatidylcholine recule au fil du temps, parce que les protéines chargées de la produire sont moins présentes avec l’avancée en âge. Résultat, les mitochondries disposent de moins de matériaux pour maintenir leurs membranes en bon état.
Pourquoi ce lipide compte autant
Quand la phosphatidylcholine manque, les mitochondries deviennent plus fragmentées, moins souples et moins efficaces. Dans une cellule jeune et en bonne santé, elles peuvent fusionner pour former de longues chaînes flexibles, utiles pour répartir l’énergie là où elle est nécessaire. Avec l’âge, cette capacité baisse.
Chez les vers, l’ajout de phosphatidylcholine ou de choline, un nutriment que l’organisme transforme naturellement en phosphatidylcholine, a ramené les mitochondries vers un état plus jeune. La biologiste cellulaire Tetiana Poliezhaieva, première autrice de l’étude, dit avoir été surprise par l’ampleur de l’effet de cette molécule sur la structure, la connectivité et le fonctionnement des mitochondries.
Des signaux déjà visibles chez l’humain
Les données issues de tissus humains vont dans le même sens. Des niveaux plus faibles de phosphatidylcholine étaient plus fréquents chez les personnes souffrant de diabète ou d’obésité. À l’inverse, des niveaux plus élevés étaient associés à une marche plus rapide et à une meilleure mémoire, deux marqueurs d’un vieillissement plus favorable.
Un autre point ressort, et il n’est pas anodin. La baisse n’évolue pas de la même façon selon le sexe. Chez les hommes, elle est progressive. Chez les femmes, elle apparaît plus brutale autour de l’âge de la ménopause, souvent entre le milieu de la quarantaine et le milieu de la cinquantaine. Pour la biologiste cellulaire Maria Ermolaeva, cette observation mérite une attention particulière, car elle coïncide avec une période où beaucoup de femmes signalent une chute d’énergie et une fatigue durable.
Une piste prometteuse, mais encore loin d’un remède
Bon, il faut garder la mesure. Les chercheurs ne disent pas avoir trouvé l’unique cause du vieillissement des mitochondries. Ils parlent d’un facteur important parmi d’autres. Et ce qui fonctionne chez le ver ne se transpose pas automatiquement chez l’humain, bien plus complexe.
Mais la piste compte, quand même. Des mitochondries défaillantes sont liées à de nombreuses maladies chroniques, du cancer aux maladies neurodégénératives comme Parkinson, en passant par le diabète. La prochaine étape consistera à comprendre, au niveau moléculaire, comment la baisse de phosphatidylcholine modifie la structure des membranes mitochondriales. L’étude a été publiée dans Nature Communications, avec une idée de fond assez nette: une part du vieillissement cellulaire pourrait être modulable, si l’on comprend assez bien ses rouages.