En bref
- Départ possible à 63 ans avec décote
- Taux plein garanti à 65 ans
- Capitalisation jugée encore trop limitée
Partir à 63 ans resterait possible, mais avec une pension amputée. C’est le point de bascule du projet porté par Bruno Retailleau, qui avance sa formule Liberté-Responsabilité dans la perspective de 2027.
L’idée générale tient en un équilibre assez lisible. D’un côté, plus de marge de choix pour les assurés. De l’autre, une forte incitation à travailler plus longtemps, alors que le système de retraite pèse aujourd’hui 420 milliards d’euros par an dans les dépenses publiques.
Un départ plus libre, mais pas au même prix
Le dispositif prévoit une fenêtre de départ entre 63 et 65 ans. Mais ce n’est pas un simple assouplissement.
Avant 65 ans, une décote de 7 % s’appliquerait pour chaque année manquante. Concrètement, un départ à 64 ans réduirait la pension de 7 %. À 63 ans, la baisse atteindrait 14 %. Le signal est clair, travailler après 63 ans deviendrait financièrement bien plus intéressant.
Le taux plein à 65 ans, même sans tous les trimestres
C’est l’autre changement majeur. À 65 ans, le taux plein serait accordé automatiquement, y compris aux personnes qui n’ont pas validé toutes leurs annuités.
Cette logique mettrait fin au seuil de 67 ans aujourd’hui appliqué aux carrières incomplètes. Le point n’est pas anodin, surtout pour les femmes ayant eu des parcours professionnels discontinus. Là, on touche à une correction assez concrète d’un angle mort bien connu du système.
Capitalisation et bonus pour les longues carrières
Le projet ne s’arrête pas à l’âge légal de fait. Bruno Retailleau veut aussi étendre la capitalisation.
Chaque salarié, dans le public comme dans le privé, verserait 1 % de son salaire brut sur un compte individuel, avec un plafond de 40 euros par mois. Le mécanisme serait piloté par les partenaires sociaux, sur un modèle proche de l’Agirc-Arrco. Montant attendu, 6 milliards d’euros supplémentaires par an pour l’épargne retraite.
Pour les carrières longues, une autre incitation est prévue. Une fois 43 années de travail validées, les cotisations retraite seraient totalement supprimées, ce qui représenterait un gain de 14 % sur le salaire net.
Un projet jugé sérieux, mais encore trop petit
L’analyse de l’Institut économique Molinari, relayée par Le Point, considère l’ensemble comme sérieux et susceptible de soutenir la croissance en prolongeant l’activité.
Mais l’institut pointe aussi une limite nette. Le volet capitalisation est jugé sous-dimensionné. Avec une épargne retraite équivalente à 13 % du PIB, la France reste très loin de la Suède, à 116 %, et du Danemark, à 206 %. En gros, la proposition trace une direction, pas encore un rattrapage.