Regarder trop la télévision pourrait peser sur le cerveau

Une étude menée sur près de 24 ans relie le visionnage fréquent de télévision à des signes cérébraux moins favorables, surtout chez les hommes.

Samsung téléviseur
Image d'illustration. Samsung téléviseur — ADN

En bref

  • La télévision passive est associée à un cerveau moins sain
  • L’effet apparaît surtout chez les hommes
  • Le travail assis n’a pas montré le même lien

Rester assis n’aurait donc pas toujours le même effet sur le cerveau. C’est le cœur d’une étude publiée dans Alzheimer’s and Dementia: Journal of the Alzheimer’s Association, qui distingue la sédentarité passive, comme regarder la télévision, d’une sédentarité plus active mentalement, comme travailler à un bureau.

Chez les personnes qui regardaient très souvent la télévision à la cinquantaine, les chercheurs ont observé plus tard des signes cérébraux moins favorables. Et ce point compte, parce qu’on parle ici de régions connues pour être vulnérables dans la maladie d’Alzheimer et d’autres formes de démence.

Le problème n’est pas seulement de rester assis

L’équipe de l’University of Southern California explique que le simple fait d’être assis n’était pas systématiquement lié à une moins bonne santé cérébrale. Tout dépendait du contexte.

Regarder la télévision est considéré comme une activité cognitivement passive. À l’inverse, même un emploi de bureau sédentaire mobilise souvent la lecture, l’écriture, la planification, la prise de décision ou la résolution de problèmes. Ce type d’effort mental pourrait contribuer à ce qu’on appelle une réserve cognitive, c’est-à-dire une meilleure capacité du cerveau à encaisser le vieillissement.

Fait notable, les chercheurs ont tenu compte du niveau global d’activité physique. Cela n’a pas changé les résultats.

Une cohorte suivie pendant près d’un quart de siècle

L’étude s’appuie sur 1 712 participants du programme Atherosclerosis Risk in Communities, ou ARIC. Ils avaient un peu plus de 50 ans à la fin des années 1980, au moment de leur entrée dans le suivi.

À cette époque, ils ont indiqué à quelle fréquence ils regardaient la télévision pendant leurs loisirs et combien de temps ils restaient assis au travail. Environ 24 ans plus tard, alors qu’ils étaient dans la mi-soixantaine avancée, proche de 75 ans, leur cerveau a été examiné par IRM.

Les chercheurs se sont concentrés sur des zones qui changent précocement dans Alzheimer, ainsi que sur les hyperintensités de la substance blanche, des lésions associées au déclin cognitif et au risque de démence.

Des effets surtout visibles chez les hommes

C’est sans doute le point le plus surprenant. Les associations entre télévision fréquente et structure cérébrale étaient nettement plus marquées chez les hommes, pas chez les femmes.

Par rapport aux participants qui regardaient très souvent la télévision, ceux qui déclaraient être toujours assis au travail présentaient moins de lésions de la substance blanche et des volumes plus élevés dans plusieurs régions du cortex, notamment frontal, pariétal et occipital.

Selon le biologiste David Raichlen, il faut donc regarder non seulement combien de temps on reste assis, mais aussi ce qu’on fait pendant ce temps. Le biologiste Natan Feter avance plusieurs pistes pour expliquer l’écart entre hommes et femmes, entre différences biologiques, habitudes de visionnage plus continues chez les hommes et interruptions plus fréquentes chez les femmes.

Des résultats solides, mais pas une preuve absolue

Bon, l’étude a aussi des limites. Les données sur le temps passé devant la télévision ou assis au travail reposent sur les déclarations des participants, donc sur des estimations. Et elle ne prouve pas que la télévision cause directement ces différences cérébrales.

D’autres facteurs non mesurés ont pu jouer, comme le grignotage, l’alcool, le fait de somnoler ou de rester allongé devant l’écran. Mais le suivi a duré près d’un quart de siècle, les analyses se sont montrées cohérentes, et les chercheurs se sont appuyés sur des images cérébrales plutôt que sur de seuls tests cognitifs. Ce que l’étude suggère, en gros, c’est qu’une sédentarité passive ne ressemble pas à une sédentarité qui fait encore travailler la tête.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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