En bref
- 605 échantillons analysés en Éthiopie
- Des résistances anciennes et récentes coexistent
- La surveillance devra être plus locale
En Éthiopie, le parasite du paludisme envoie un message assez clair aux autorités sanitaires : la résistance aux médicaments ne se résume plus à un seul problème, ni à une seule carte. Une étude publiée dans Nature Microbiology décrit au contraire un paysage fragmenté, où plusieurs mutations circulent ensemble selon les régions.
Une mosaïque de résistances, pas un problème uniforme
Les chercheurs ont séquencé des gènes liés à la résistance médicamenteuse sur 605 échantillons de Plasmodium falciparum, prélevés entre 2019 et 2023 dans 15 districts d’Éthiopie. Ce parasite provoque la forme la plus dangereuse du paludisme.
Ce qui ressort, c’est une forte hétérogénéité géographique. Dans certains endroits, les marqueurs restent rares. Dans d’autres, ils se concentrent. Pour les auteurs, il n’existe donc pas une seule résistance du paludisme en Éthiopie, mais un assemblage de populations parasitaires avec des combinaisons différentes de mutations.
Des marqueurs anciens qui ne disparaissent pas
C’est l’un des points les plus frappants. La chloroquine n’est plus utilisée depuis longtemps contre P. falciparum, mais les marqueurs génétiques de résistance au médicament restent très présents. Ils ont été retrouvés dans 61,2 % de 492 échantillons classés avec succès.
Même logique pour la sulfadoxine-pyriméthamine, retirée du traitement du paludisme en Éthiopie depuis 2005, mais encore détectée à hauteur de 42,8 % sur 453 échantillons.
Pourquoi ces signatures persistent-elles ? Les chercheurs avancent une piste importante : la chloroquine reste utilisée contre Plasmodium vivax, un autre parasite du paludisme, généralement moins mortel, qui circule dans plusieurs des mêmes zones que P. falciparum. Ce chevauchement pourrait entretenir la pression médicamenteuse. L’idée colle aux données régionales observées, même si l’équipe précise qu’il faut encore la confirmer.
Les traitements actuels aussi sous pression
Les signaux ne concernent pas seulement les anciens médicaments. Le principal marqueur de résistance partielle à l’artémisinine est apparu dans 10 % de 572 échantillons. Dans un district, ce taux grimpe même à 48,6 %.
Autre résultat marquant, un profil génétique associé à une sensibilité réduite à la luméfantrine a été observé dans 93 % de 483 échantillons classés. Et ces marqueurs ont souvent tendance à se cumuler. Les parasites porteurs de la résistance à la chloroquine avaient plus de trois fois plus de chances de porter aussi un marqueur de résistance partielle à l’artémisinine.
Mais il faut garder une nuance essentielle. L’étude mesure des marqueurs génétiques, pas l’efficacité clinique réelle du traitement actuel par artéméther-luméfantrine. Autrement dit, elle signale un risque, pas un échec déjà constaté.
Pourquoi cela change la surveillance du paludisme
Le paludisme infecte chaque année des centaines de millions de personnes dans le monde et tue surtout de jeunes enfants, principalement en Afrique. Dans ce contexte, ce travail suggère qu’une réponse uniforme ne suffira pas.
L’équipe menée notamment par Alemayehu Letebo et Leen N. Vanheer estime qu’il faut adapter les stratégies selon les régions, suivre à la fois P. falciparum et P. vivax, et renforcer la surveillance par séquençage génétique avec des données suivies dans le temps. Ce n’est pas encore la preuve d’un basculement. Mais clairement, le parasite évolue de façon plus complexe que prévu, et c’est là que l’alerte devient importante.