En bref
- Une mutation rare explique certains psoriasis résistants.
- Douze patients ont obtenu des rémissions complètes.
- Un test génétique pourrait orienter le traitement.
Pour une partie des patients, le psoriasis sévère ne relèverait pas seulement d’une forme plus agressive de la maladie. Il s’agirait, en pratique, d’un mécanisme différent, avec une cible thérapeutique différente aussi. C’est ce qui ressort de travaux coordonnés par le Pr Hervé Bachelez, à l’Université Paris Cité, à l’Institut Imagine de Paris et à l’hôpital Saint-Louis.
Quand le psoriasis sévère n’est plus tout à fait le même
Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique de la peau. En France, 2,4 millions de personnes sont concernées. Parmi elles, certains patients, notamment avec un psoriasis en plaques à début précoce, ne répondent à aucun médicament, y compris aux traitements les plus récents comme les biothérapies.
L’équipe internationale a identifié chez ces patients une nouvelle cause génétique. Les résultats, publiés en juillet 2026 dans le Journal of Experimental Medicine, éclairent aussi la présence plus fréquente de maladies associées chez une partie d’entre eux.
Le rôle clé d’ADAR1 dans l’emballement inflammatoire
Au centre de cette découverte, il y a une mutation rare du gène ADAR1. Ce gène agit normalement comme un garde-fou du système immunitaire. Il évite que l’organisme réagisse inutilement à ses propres ARN messagers, ou trop fortement à ceux des virus.
Quand cette protection disparaît, la machine s’emballe. Le corps produit en excès des interférons et des cytokines, des protéines impliquées dans l’inflammation. Résultat, une inflammation chronique de la peau, avec plaques rouges épaisses, squames blanches, démangeaisons et brûlures, parfois douloureuses au quotidien.
Et c’est là que le cadre change. Jusqu’ici, la grande majorité des traitements disponibles ne ciblait pas cette voie inflammatoire précise.
Deux médicaments ciblés testés chez douze patients
Après l’identification de ce nouveau modèle monogénique de psoriasis, les médecins ont proposé un traitement à 12 patients porteurs de la mutation. Deux médicaments ont été utilisés, l’upadacitinib, déjà employé dans le rhumatisme psoriasique, et le deucravacitinib, prescrit dans le psoriasis mais aussi dans le rhumatisme psoriasique.
Les réponses observées ont été marquantes, avec des rémissions complètes chez des personnes jusque-là en échec avec tous les traitements essayés.
Ce que les analyses de peau changent pour la suite
Les analyses de peau ont montré autre chose. Dans ces formes rares, l’inflammation ne viendrait pas seulement du système immunitaire, mais aussi des cellules de la peau, en particulier des mélanocytes, qui produisent le pigment. Cela aiderait à comprendre les troubles de pigmentation observés chez jusqu’à un quart des personnes atteintes de psoriasis.
À court terme, ces travaux ouvrent la voie à un test génétique pour repérer rapidement les patients concernés et leur proposer d’emblée le bon traitement. À plus long terme, les chercheurs veulent vérifier si le même mécanisme intervient dans d’autres maladies inflammatoires déjà liées au psoriasis pour certaines, comme le vitiligo, la dermatite atopique, la polyarthrite rhumatoïde, le diabète de type 1 ou encore le rhumatisme psoriasique. Ce n’est pas seulement une piste pour la peau, donc, mais peut-être pour toute une famille de maladies.