Pourquoi les fumées d’incendie tuent plus souvent que les flammes

Lors d’un incendie, la majorité des décès vient des fumées, pas du feu lui-même. Asphyxie, gaz toxiques, irritants, effets retardés, le risque est multiple.

Panache toxique au-dessus des arbres
Image d'illustration. Un feu de forêt dégage des fumées toxiques. — ADN

En bref

  • Les fumées causent la majorité des décès.
  • CO et HCN dominent la toxicité immédiate.
  • Des gaz irritants aggravent aussi le danger.

Dans les incendies d’habitation, la plupart des morts ne sont pas dues aux flammes. Environ 60 à 66 % des victimes succombent surtout à l’intoxication par les fumées, contre un tiers lié aux effets thermiques du feu. Et souvent, les corps ne portent même pas de brûlures visibles.

La cause principale des morts n’est pas celle qu’on imagine

Un incendie expose à trois grands types de dangers, thermiques, traumatiques et chimiques. Les premiers restent les plus spectaculaires, la chaleur peut détruire les poumons en quelques minutes et laisser chez les survivants des brûlures lourdes, avec des séquelles durables.

Mais, dans les faits, le facteur chimique pèse davantage. Les fumées tuent par asphyxie et par toxicité directe. Leurs effets peuvent être immédiats, en quelques minutes ou quelques heures, mais aussi retardés, sur plusieurs jours, mois, voire années.

Comment un incendie fabrique ses gaz

Un feu est une réaction chimique d’oxydation qui dégage de la chaleur. Il faut trois éléments, le combustible, le comburant et une source d’inflammation, ce que l’on appelle le « triangle du feu ».

Sous l’effet de la chaleur, le combustible se décompose d’abord par pyrolyse. Cette étape produit des gaz inflammables, qui s’enflamment ensuite et entretiennent le phénomène. Comme les matériaux brûlés varient énormément, du bois aux mousses synthétiques, les fumées ne se ressemblent jamais tout à fait. Résultat, leur dangerosité ne se déduit pas à l’avance.

Monoxyde de carbone et cyanure, les plus dangereux à court terme

La menace la plus fréquente reste l’asphyxie. Le feu peut faire chuter le taux d’oxygène dans l’air. Entre 21 et 17 %, la coordination motrice se dégrade. Sous 10 %, la perte de connaissance devient rapide.

S’ajoutent des gaz asphyxiants comme le dioxyde de carbone, le monoxyde de carbone et l’acide cyanhydrique. Le CO2, au-delà de 10 % dans l’air, provoque une hyperventilation qui accélère l’inhalation des autres toxiques. Le CO, très présent dans les feux mal ventilés, se fixe sur l’hémoglobine avec une affinité 200 à 250 fois supérieure à celle de l’oxygène. Un taux de carboxyhémoglobine de 30 % est déjà incapacitant.

L’acide cyanhydrique, lui, apparaît tôt dans les feux impliquant des matériaux synthétiques azotés, comme le nylon, certaines mousses de mobilier, des isolants de façade ou des plastiques d’électroménager. Sa toxicité est donnée comme 35 fois supérieure à celle du CO. À 270 ppm, il peut tuer en moins de trois minutes. Le traitement impose une évacuation immédiate, de l’oxygène et une administration précoce d’hydroxocobalamine.

Les irritants aggravent le piège et peuvent frapper après coup

Les fumées contiennent aussi des centaines de composés irritants, parmi lesquels l’acroléine, le phosgène, le chlore, l’ammoniac, le dioxyde de soufre, le formaldéhyde ou encore des oxydes d’azote. Leur concentration n’est pas toujours létale au début, mais ils deviennent vite incapacitants.

L’acroléine est présentée comme l’irritant le plus puissant pour l’être humain. Surtout, ces gaz compliquent la fuite, donc augmentent l’exposition aux brûlures et aux gaz asphyxiants. Certains peuvent aussi déclencher un œdème pulmonaire fatal plusieurs heures, parfois plusieurs dizaines d’heures, après l’exposition.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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