Pourquoi certains feux de forêt finissent par fabriquer leur propre météo

Quand un incendie gagne en intensité, il peut créer vents, nuages et orages. Un basculement qui complique fortement le travail des pompiers.

Nuage pyrocumulus au-dessus des arbres
Image d'illustration. Le feu intense peut engendrer des orages. — ADN

En bref

  • Un grand feu peut générer ses propres vents
  • Certains nuages d’incendie tournent à l’orage sec
  • Le réchauffement accroît le risque de feux extrêmes

Un feu de forêt peut atteindre un point où il ne se contente plus de brûler. Il modifie l’air autour de lui, déclenche parfois des nuages d’orage et devient beaucoup plus difficile à contenir pour les pompiers.

Ce basculement compte, parce qu’il change le comportement du front de flammes. Quand un incendie crée sa propre météo, les méthodes classiques de lutte directe perdent vite en efficacité.

Quand le feu commence à piloter l’air

Tout part de la chaleur libérée par la végétation. L’air proche du sol se réchauffe, devient plus léger et s’élève. En retour, de l’air plus frais s’engouffre pour combler le vide. C’est ainsi qu’un incendie fabrique ses propres vents, parfois assez puissants pour accélérer sa progression.

Si l’atmosphère au-dessus est instable, cet air ascendant continue de monter. Et s’il monte assez haut, l’humidité qu’il transporte se condense en un nuage d’incendie, le pyrocumulonimbus, parfois aussi appelé flammagenitus.

Le nuage d’incendie peut virer à l’orage

La suite dépend de trois éléments. La portance de l’air chaud, l’humidité disponible, et l’instabilité atmosphérique.

Quand l’ascendance se poursuit, une partie de l’humidité gèle. Dans le nuage, les collisions entre gouttelettes d’eau et particules glacées séparent les charges électriques. Si l’accumulation devient suffisante, un éclair se produit. Le feu a alors contribué à faire naître un orage.

Les données satellitaires analysées par Kyle Hilburn, chercheur à la Colorado State University, montrent que ces orages provoqués par les incendies sont plus fréquents qu’on ne le pensait encore il y a quelques années.

Éclairs secs, tornades de feu, vents erratiques

Le scénario le plus redouté reste souvent l’orage sec. Dans un environnement très sec, des éclairs peuvent toucher le sol alors que la pluie s’évapore avant d’y arriver. Résultat, pas d’eau pour freiner l’incendie, mais de nouveaux départs de feu possibles.

Il existe aussi les tornades de feu. Quand les vents changent de vitesse ou de direction avec l’altitude, l’air peut se mettre à tourner. L’ascendance du feu redresse alors cette rotation à la verticale. Ces tourbillons ne sont généralement pas de vraies tornades, mais ils peuvent projeter des braises et allumer d’autres foyers.

Même la fin de l’orage pose problème. En se dissipant, il génère des courants descendants et des vents erratiques au sol, capables de pousser l’incendie dans des directions difficiles à anticiper.

Des épisodes plus fréquents et mieux repérés

Les météorologues ont identifié cette capacité des feux à produire des orages à la fin des années 1990. Mais un cap a été franchi en 2017 avec les satellites de la série GOES-R. Leurs images à haute résolution ont montré que ces phénomènes sont loin d’être rares.

Aujourd’hui, ces satellites peuvent même signaler un nouveau feu aux pompiers américains avant les appels téléphoniques.

Le climat augmente encore le risque

Dans plusieurs régions du monde, notamment en Amérique du Nord, la hausse des températures, les vagues de chaleur et la sécheresse multiplient les terrains prêts à brûler. Les modèles climatiques indiquent que le changement climatique lié aux activités humaines accroît ce risque.

L’augmentation de la population dans les zones exposées ajoute un autre facteur. Après les flammes, les sols brûlés deviennent aussi plus vulnérables aux coulées de boue, aux glissements de terrain et à une dégradation de la qualité de l’eau. Pour réduire les dégâts, les communautés peuvent créer des espaces sans végétation autour des habitations, tandis que les pompiers utilisent aussi des brûlages dirigés.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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