Vieillissement ovarien : une piste pour retarder la baisse de fertilité

Des chercheurs relient le durcissement des ovaires à la protéine IL-11. Chez la souris, bloquer ce signal a réduit les dégâts liés à l’âge.

Menopause
Image d'illustration. Menopause — ADN

En bref

  • Le tissu ovarien se rigidifie avec l’âge
  • IL-11 semble accélérer ce phénomène
  • Chez la souris, son blocage améliore la fonction ovarienne

Le vieillissement ovarien ne se joue pas seulement dans les cellules. Il se joue aussi dans leur environnement immédiat, cette matrice extracellulaire qui sert à la fois de support et de relais pour les signaux chimiques et mécaniques. Quand ce milieu se rigidifie, l’ovaire fonctionne moins bien. Et c’est précisément ce mécanisme qu’une équipe de Huazhong University of Science and Technology, en Chine, a exploré.

Pourquoi des ovaires plus rigides posent problème

Dans l’ovaire, la matrice extracellulaire n’a pas partout la même consistance. Les follicules primordiaux, qui abritent les ovocytes en attente, évoluent dans un cadre très contrôlé et plutôt rigide. À l’inverse, autour des follicules prêts à mûrir, cette matrice devient plus souple pour laisser passer les nutriments et permettre la croissance.

Avec l’âge, cet équilibre se dégrade. Le tissu accumule du collagène, de la fibrose apparaît, et l’ensemble devient plus dur. Des facteurs comme le stress oxydatif ou l’inflammation chronique sont déjà suspectés d’alimenter cette usure. À terme, ce durcissement nuit au développement des ovules et pourrait contribuer au moment où survient la ménopause.

Ce que les échantillons humains ont montré

Les chercheurs ont étudié des tissus ovariens humains prélevés chez des volontaires de 18 à 28 ans, de 35 à 42 ans, puis de 47 à 52 ans. Ces personnes étaient opérées pour un cancer du col de l’utérus ou de l’endomètre, mais les ovaires analysés n’étaient pas touchés par le cancer.

D’autres prélèvements venaient de volontaires âgées de 30 à 40 ans présentant un dysfonctionnement ovarien lié à une insuffisance ovarienne prématurée après chimiothérapie, à un syndrome ovarien métabolique polyendocrinien ou à une endométriose ovarienne. Dans ces situations aussi, les marqueurs du vieillissement ovarien allaient avec une matrice plus rigide.

IL-11, la piste centrale repérée par l’étude

En combinant séquençage de l’ARN et protéomique sur ces échantillons, l’équipe a cherché ce qui activait les fibroblastes, les cellules qui participent au durcissement du tissu. Deux cibles sont sorties du lot, IL-11 et Il11ra1, un gène codant une partie de son récepteur.

L’expression d’IL-11 augmentait avec l’âge chez la souris, chez le rat, mais aussi chez l’humain. Les chercheurs rapportent aussi que le vieillissement, la chimiothérapie, le SOPK et l’endométriose entraînent une sécrétion d’IL-11 dans les ovaires, avec à la clé une rigidité accrue.

Chez la souris, des résultats encourageants mais encore loin d’un traitement

L’équipe a ensuite bloqué ce signal chez la souris, d’abord en supprimant le gène, puis avec une approche plus proche d’un futur traitement, via des nanoparticules chargées en ARN pour réduire la protéine. Résultat, la rigidité ovarienne et l’accumulation de collagène ont diminué. Les souris ont aussi eu davantage de petits par gestation.

L’étude, publiée dans Nature Aging, reste préclinique. Pas de quoi parler de solution pour l’humain. Mais le contexte compte, quand même : des essais cliniques de traitements anti-IL-11 existent déjà pour d’autres maladies. Dans un commentaire associé, le chercheur biomédical Stuart Cook, non impliqué dans ces travaux, estime qu’une telle piste pourrait un jour être testée pour prévenir l’insuffisance ovarienne prématurée liée à la chimiothérapie ou traiter le syndrome des ovaires polykystiques. À moyen terme, l’intérêt est là : mieux comprendre pourquoi l’ovaire vieillit pourrait aussi changer la prise en charge de certaines infertilités.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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